Les liens du sang, le Roman feuilleton pour iPhone épisode 7

Clément Solym - 15.03.2009

Zone 51 - Chez Wam - Silvercross - roman - feuilleton


Les yeux de Harry mirent un certain temps à s’accoutumer au vif éclairage de la pièce où l’ascenseur les déposa, Regina et lui. On aurait dit que toute la lumière dont le château était privé se concentrait ici. Des dizaines, peut-être des centaines de chandelles se consumaient sur des bougeoirs disposés le long des murs et dans un lustre de cristal baroque qui scintillait de toutes ses facettes.
La pièce devait au moins mesurer dix mètres sur dix. Des volets d’acier occultaient les fenêtres. Les murs, le plafond paraissaient eux-mêmes en acier. Elle était entièrement vide, à part les chandeliers, le lustre et une paire de fauteuils Louis XV placés au centre. Plus surprenant encore : le sol était en terre. Une terre rougeâtre et grasse.
- Entrez, Mr. Roman. Prenez un siège, je vous prie. Comme vous le voyez, c’est le seul confort de cet endroit.
Harry chercha autour de lui d’où provenait ce murmure sarcastique et distingué. Les hauts-parleurs étaient remarquablement dissimulés, il n’en repéra aucun. Regina n’était plus à son côté. Il eut juste le temps de voir les portes de l’ascenseur se refermer sur elle.
- Prenez un siège, Mr. Roman, n’hésitez pas.
Décontenancé, il se décida à aller prendre place dans l’un des fauteuils Louis XV. La voix semblait à la fois emplir tout l’espace et lui murmurer à l’oreille. Il se demanda quel système audio sophistiqué pouvait produire un tel effet. Le sol terreux avait crotté ses élégants mocassins blancs.
- Le célèbre Harry Roman. Quel honneur de vous recevoir… Je suis Golo Ritter. Appelez-moi Golo. Je sais que nous allons devenir bons amis.
Harry regarda inutilement autour de lui, comme s’il espérait le voir enfin surgir dans cette grande boîte d’acier éclairée aux chandelles. Donner un corps à cette voix si proche, trop proche.
- Eh bien, euh… Enchanté, Golo…
- Vous vous demandez pourquoi je vous ai fait venir à une heure si tardive ?
- Ma foi, je…
- Autant que je m’explique tout de suite. J’aime les affaires rondement menées. Pas vous ?
Sans lui laisser le temps de répondre, la voix enchaîna :
- Je vous connais de réputation, Harry. Vous êtes un cinéaste de grand talent. Talent injustement sous-exploité par l’industrie hollywoodienne. Mais une question d’abord : Roman, c’est un pseudonyme, n’est-ce pas ?
Comment le savait-il ? Harry croisa, puis décroisa les jambes avec embarras.
- En effet. Je m’appelle Andrea Monteanu.
- Roumain, alors ? De Bucarest ?
- D’une ville de province, Tirgu Mures.
- Oui… J’ai fort bien connu cette région, à une époque… Mais revenons-en à nous. Harry, êtes-vous sur un projet ?
- Je viens de terminer un film.
- Un autre chef-d’œuvre, naturellement ?
Harry, qui savait la daube qu’il venait de tourner, se demanda si Ritter se moquait de lui. Il haussa les épaules.
- Une commande.
- Mais c’est souvent dans les œuvres de commande, Harry, qu’un artiste déploie tout son talent. Regardez les peintres de la Renaissance. Et Michel-Ange ! Et les musiciens : Mozart, Haydn ! C’est pourquoi je suis certain, mon cher Harry, que vous êtes l’homme de la situation.
- La situation… ?
- Harry, avez-vous lu le Dracula de Bram Stoker ?
- Oui. Quand j’étais jeune.
- Aimeriez-vous en faire un film ?
- Eh bien… On l’a déjà fait, non ? Souvent.
La voix émit ce qui lui parut un rire de mépris.
- Sans intérêt.
- Murnau, tout de même. Werner Herzog. Et Coppola…
- Ils n’ont rien compris à leur personnage principal. Ils en ont fait un monstre.
- Mais… c’est un monstre, non ?
- C’est un homme follement épris de sa femme morte. Les grands amoureux sont-ils des monstres, Harry ? Nous allons tourner un Dracula qui sera une grande, une merveilleuse histoire d’amour. Celle d’un Roméo et d’une Juliette qui se retrouvent par-delà la mort. Voilà, Harry, le projet de ma vie.
Hollywood était plein d’illuminés traînant de studio en studio, pendant des années, le « projet de leur vie ». En général, on n’en filmait pas même la première image. Aussi Harry voulut-il tempérer l’enthousiasme de Ritter.
- Je suis flatté que vous ayez pensé à moi. Mais – pardonnez-moi cette question - vous êtes-vous déjà entendu avec un producteur ?
- Inutile. Je produirai le film moi-même.
Harry se permit un petit sourire dubitatif. Encore un amateur qui s’imagine produire un film avec trois bouts de ficelle.
- Ah… Je suppose que vous vous rendez compte qu’un tel projet – les décors, la distribution, les costumes, les effets spéciaux –, ça va coûter très cher ?
Un rire aigu vrilla les tympans du cinéaste, comme s’il éclatait dans son propre crâne.
- Très cher ? Croyez-vous que 100 à 150 millions de dollars suffiront ? Ou n’est-ce pas assez cher, Harry ?

À suivre...

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