Elena Ferrante et les 40 coups de bâton pour 20 Minutes, Figaro, RTBF

Nicolas Gary - 10.12.2020

Zone 51 - Chez Wam - Elena Ferrante autrices - liste Ferrante lecture - conseils lecture Ferrante


Les cons d’Audiard avaient cela pour eux qu’on les reconnaissait à leur audace sans borne : il en apparaît une espèce plus sournoise, celle dont le sentiment d’impunité, — doublé d’un « on sait jamais sur un malentendu ça peut passer » — sévit sur la toile. On l’appelle également la race des « vas-y on s’en fout », au prétexte que sur internet, personne ne vous entend crier.


 

Ce 21 novembre 2020, Elena Ferrante faisait don au monde d’une précieuse liste : celle de ses 40 livres favoris, tous écrits par des femmes, durant le XXe et le XXIe siècle. De quoi dresser un portrait-robot de la lectrice qui se cache derrière le pseudonyme italien assez significatif. 

La liste était, qui plus est, diffusée sur le site Bookshop.org, société qui s’est montée aux États-Unis pour aider les librairies à disposer d’une solution de ecommerce. Précieuse durant la pandémie, cette structure s’est élargie au Royaume-Uni. Et si Ferrante choisissant de dévoiler sa liste ici, c’est que les ventes liées à ses conseils allaient générer des revenus pour les libraires, mais également une commission pour elle — qu’elle reverserait généreusement aux librairies.
 

Une entreprise caritative, en somme, ou peu s’en faut. Et un sujet aux petits oignons pour nous, avec juste un point de détail : la liste était en anglais, il fallait donc faire l’inventaire des ouvrages, trouver leurs équivalents en français, et ajouter les noms des traducteurs — quand les titres avaient été publiés en France.

Et certes, les cinq autrices françaises présentes dans la liste nous allégeaient la tâche, mais il en restait 35 à produire… Fastidieux, mais le traducteur est coauteur du livre traduit, pas question de s’y soustraire.
 

“Tu crois qu’on peut vraiment ?”


L’information, délicieuse en cette période, était évidemment sourcée de notre côté : le Guardian avait dégainé l’info, bien que la liste soit librement consultable sur le site de Bookshop.org (elle l’est toujours), mais pour un article en français lisible, encore fallait-il détailler les titres, trouver leur équivalent traduit. 

Ce 7 décembre, la RTBF en manque d’inspiration, redécouvre le sujet — le temps ne fait rien à l’affaire, une liste de conseils de lecture par Elena Ferrante, c’est valable de toute éternité. Et voici que la liste produite par ActuaLitté quelques semaines plus tôt, des ouvrages dans leur version traduite est reproduite, copier-coller, intégralement. La preuve de cette vilaine action n’avait pas à se rechercher bien loin : il restait dans le texte des liens que nous avions ajoutés à la liste — renvoyant à des extraits de livres diffusés sur ActuaLitté. 



 
Flagrant délit, mais également flagrant délire : nous n’avions trop rien dit, voyant la maladresse crasse de la méthode. Au moins notre travail était-il, même indirectement, cité. Pire, une coquille que nous avions oubliée se retrouvait dans le texte, confirmant s’il était nécessaire, l’évidence. Mais bon, allez… on peut sacrifier un peu de reconnaissance sur l'autel du SEO.

Et puis, comme souvent, l’effet boule de net provoque l’enchainement des reprises. Le 8 décembre, c’est au tour de 20 Minutes que de publier la liste des 40 livres, etc. Le papier est extrêmement bref, et repose avant tout sur l’énumération des 40 titres — étrangement avec les noms des traductrices et traducteurs. 



 
Le procédé est louable, mais on y retrouve cette formulation que nous avions volontairement eue, assez abrupte « non traduit en français », pour désigner les titres qui n’étaient pas encore publiés en France. Et, pas de chance — et qu’elle nous le pardonne — nous avions glissé une petite erreur pour la traduction du Cinquième enfant de Doris Lessing : la traductrice, Marianne Véron, était devenue dans nos colonnes Marionne Véron. (si elle nous lit, qu’elle contacte la rédaction, un bouquet de fleurs l’attend pour sa contribution à confondre ces viles manies d’internet)


Pan sur les doigts, une fois, deux fois, mais jamais deux sans trois. Et c’est évidemment avec le Figaro que la troisième salve fut frappée. Nos confrères du pôle littérature, à qui ActuaLitté a hélas régulièrement dû rappeler les bonnes manières en matière de publication (sources, liens, etc.), se prennent les deux pieds dans le tapis, avec la reprise de notre formulation « non traduit en français », ainsi que la coquille pour le prénom de la traductrice. 


 

Voilà comment, près de trois semaines après un papier, la presse littéraire s’empare du travail d’autrui et prétend honteusement faire dignement le sien. Nous attendons des commentaires de nos confrères. Ou mieux : des liens et des excuses ?

« Il ritorno degli sbirri coglioni », comme le dirait Ferrante !


crédit photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires
Nul doute que nos amis du Figaro seront sensibles à cette mise en lumière. cheese Attendez vous, chez Actualitté, à recevoir prochainement une boite de chocolats. LOL
Bonjour

A choisir, je préférerais des liens, mais par défaut, les chocolats...
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.