Plaidoyer pour une culture sauvage, mais raisonnée

Jean-Luc Favre - 06.12.2019

Tribune - plaidoyer culture sauvage - culture raisonnée - Jean-Luc Favre Reymond


Qui ne se souvient encore de cette phrase mémorable lancée par le candidat Macron lors d’un meeting à Lyon à l’avant-veille de la campagne présidentielle de 2017 : « Il n’y a pas de culture française, il y a une culture en France, elle est diverse... »



 
Cette dernière déclencha en son temps quelques polémiques qui finalement firent peu de bruit, alors que les principaux concernés, ceux que l’on appelle péjorativement les « cultureux », restèrent pour la plupart silencieux face à une bombe qui finalement n’explosa pas, hormis au sein de quelques cénacles aussi confinés que largement méprisants sur le sens du vrai débat à mener sur un sujet que l’on juge tantôt crucial, tantôt carrément obsolète, dans une société qui n’en finit pas de faire des pieds de nez aux fausses vertus.

Certes l’apostrophe était vraisemblablement fort maladroite, encore que ! Pour un homme précisément candidat à l’élection présidentielle. Trop tard cependant un pavé dans la mare était jeté ! Certes ledit candidat se ravisa quelques semaines plus tard dans un article publié dans le Figaro : « Le fondement de la culture française c’est une ouverture sans pareil. Notre culture est toujours parvenue à se dépasser elle-même, à voguer vers le neuf, l’imprévu, l’inconnu. » Mais plus encore : « C’est pourquoi le terme même d’identité ne peut-être accolé à celui de la culture française. »

Voilà qui est plus clair et certainement plus légitime dans la formulation encore qu’il faille bien distinguer le vrai du faux, le rêve de la réalité, mais qui remit un tant soit peu le débat dans le droit chemin et calma les mauvais esprits. Du moins sous une forme plus acceptable pour les gardiens de la tradition. Le temps a désormais passé, et le positionnement de l’actuel Chef de l’État semble avoir quelque peu évolué.

Le pouvoir donne des ailes, car il colle aux responsabilités et la voix n’est certes pas la même lorsque l’on représente un peuple tout entier, même si ce dernier ne sait plus vraiment qui il est et où il nage, comme en témoignent « ces coups de gueule » récurrents depuis plusieurs mois dans les rues de notre bon pays, portés par des Français qui se sentent lâchement abandonnés, pour ne pas dire trahis, par un pouvoir galvanisé qui tente désespérément de remettre de l’ordre dans la boutique, fort de nouvelles ambitions. « Atteindre le Nouveau Monde », sans rester en rade de la construction planétaire.



 
Car admettons-le nous avons de la concurrence, et nous ne sommes plus les seuls à être détenteurs d’une hypothétique vérité en la matière. Nous avons effectivement du souci à nous faire. 

Une culture française au-delà du schéma spécifiquement identitaire ! 

Heureusement d’ailleurs, s’il existe bel et bien une culture française inscrite dans l’histoire de notre pays depuis plusieurs siècles, mal en serait de la réduire à une conceptualisation imparfaite des logiques politiques et des petits discours à la sauvette qui ne cessent de transpirer de mauvaises odeurs sur fond d’exclusion. « Qu’est-ce qu’un Français aujourd’hui ? », nous serions bien hardis d’apporter une réponse toute faite sur un tel problème de nature sociétale alors que d’un certain point de vue les lois sont plutôt claires en ce sens.

Sauf qu’il y a peut-être un, mais ! Je dirais même un gros “mais”. Le “mais” qui fait mal, et autour duquel tout le monde tourne, avec la peur de commettre un mauvais pas, et d’instuire une mauvaise parole dont la portée populaire serait dévastatrice. Allez soyons sérieux. « Dites ce que vous avez à dire. Criez-le haut et fort ». Faites valoir vos frustrations dans le grand réservoir de l’inanité ! Mais gare tout de même à la controverse. Il y en a encore certains, les plus courageux, fort peu nombreux du reste, qui veillent au grain, habitués de la réplique assassine au nom d’intérêts qui forcément les dépassent.

Culture et identité, pour sûr, le binôme incertain ne fait pas bon ménage, il y a de la dynamite au bout du couloir et pourvu qu’elle ne nous pète pas au nez. Ce n’est pas le moment de commettre un attentat à la bienséance. Il vaut mieux faire canard sur un sujet si délicat. « Nous verrons bien où cela mène. » Et hop, le débat est enterré pour quelques décennies. Chacun restant chez soi assis sur un canapé doré. « Faisons confiance aux médias, ils ont la réponse à tout. Et puis ça crée une chouette animation dans les chaumières. »



 
À la maison on peut parler des choses qui fâchent, personne ne nous entend, on peut se lâcher, même dans la bouse la plus immonde. La famille, c’est sacré ! Et le silence est d’or. Vive l’omerta ! 

Pour une culture sauvage, mais raisonnée ! 

Fort d’insondables et miraculeuses définitions, pas facile donc de s’y retrouver. Il va falloir faire le tri, et tant qu’à faire sans se tromper ; fuir ses propres reniements en quelque sorte sans jouer les hypocrites. Fini les discours à la renverse sur fond d’exploitation politique mensongère, venons-en aux choses sérieuses. « La culture c’est quoi ? ». Et voilà que tout recommence, les langues se délient à la vitesse grand V, les débats s’enchainent et se multiplient pourtant, malgré de sérieuses prises de tête et de vains combats verbeux, force est de reconnaître que l’on tourne toujours en rond.

« Dansons la carmagnole, vive le son ! Vive le son ! ! » Pour s’apercevoir au bout du compte qu’il n’y a pas de réponse viable qui viendrait enfin à bout du démon français. « Oh ! T’as pas le droit de dire des trucs pareils, tu nous fais honte, t’es pas Français ». « Je suis quoi alors, un ovni ? », « Un Français sans patrie ! » « Un paria pour les bonnes consciences ». « La ferme s’il te plait ! Tu es dans le mauvais camp », « Espèce de traitre ». Donc pour simplifier, la culture française, c’est le ring.

Là où les passions légitimement s’affrontent. Là où les discours sont plus forts que la raison. Là où la vérité tente une escapade. Là où chacun d’entre nous croit exister. « Au fait il y a bien une langue commune ? », « Il ne faut pas l’oublier celle-là ». « Ah la langue française  c’est un vrai miracle ! ». Sauf que le miracle n’est pas forcément généralisé. « Sors ton iPhone, tu comprendras ! ». Et puis soudain, on parle de liberté. Logique non ? Ah la liberté !

Quel bien joli vocable dans une France qui s’oblige encore, avec des pincettes toutefois, à donner des leçons de conduite à des pays qui désormais n’en n’ont cure. Sauf que le colonialisme vengeur est bel et bien mort et enterré, enfin je le suppose. « Mais la liberté, c’est bien Français non ? », « Ma liberté longtemps je t’ai gardée comme une perle rare/Ma liberté c’est toi qui m’as aidé à larguer les amarres ». Tiens ! Ça me rappelle quelqu’un. Et là je vous rassure, la liberté c’est bien Français.



 
On dispose de toutes les preuves nécessaires pour argumenter en ce sens. Il y a des livres plein les placards, les librairies, les universités, les instituts en tout genre et les rayons de bibliothèque à la maison. D’ailleurs il n’y a pas un jour où le Français ne clame son droit inaliénable à la liberté. Il s’en gargarise même jusqu’à s’étouffer. La liberté à la Française c’est le socle commun. Et c’est un terme que tout le monde comprend.

Là pas besoin d’aller à l’école. Elle est inscrite dans les gènes, dès la naissance. Au moins ça nous fait un point commun. Entre le docteur en droit et le boucher du coin, ça fait immédiatement tilt dans les esprits. Une réaction sincère et spontanée ! La liberté qui rassemble, et pour laquelle on se bat. Ouf ! La partie semble gagnée. On sort enfin du cauchemar de la définition frileuse et hasardeuse. De la rengaine des mots creux. « T’as vu on arrive enfin à se comprendre ». Il en aura fallu du temps ! « Au fait c’est quoi la liberté ? »  


Jean-luc Favre Reymond est un écrivain, poète et critique français né en 1963 en Savoie. Il a publié de nombreux ouvrages. Traduits tout ou partie en huit langues. Il figure dans le Larousse de la Poésie française. Édition établie par Jean Orizet en 2007. Il a publié Tractacus logico-poeticus. Suivi d'Epistémé en septembre dernier (editions 5 Sens - 9782889491155)
 


Commentaires
Je ne vois absolument pas où cet auteur veut en venir avec ce texte abscons et alambiqué,désolé...

«Faites valoir vos frustrations dans le grand réservoir de l'inanité !»

Plaît-il ?

Cela s'adresse à qui,pourquoi et pour quoi (si on saisit la nuance) ?

Et le colonialisme qui ramène sa fraise...(?)

La phrase de Macron sur l'absence de culture française était vraiment contestable.

Quant à une «culture sauvage,mais raisonnée»,voilà un concept fumeux qu'il faudrait tenter d'un peu expliciter et argumenter...

Désolé mais cette chronique alambiquée manque son but.

Mais lequel au fait ?

N'entrave que pouic !

(Ce n'est pas de la culture,ou c'est son versant «argot» plutôt -et français.)

CHRISTIAN NAUWELAERS
Bien reçu l'avertissement ou ce qu'il convient plutôt d'appeler l'essence du refoulement.



Cette critique qui fait flop, ce n'est pas certain justement. Preuve de votre commentaire quelque peu cinglant.



Mais c'est aussi le jeu de la démocratie d'instruire le débat, faudrait-il encore qu'il soit dépassionné. Et là pour le coup j'en doute.



Je pressens le parti pris fort peu objectifi il me semble.



Coup de gueule ne signifie en aucun cas vérité !!!!
Un parti pris objectif: quel oxymore...

Cela n'existe évidemment pas.

Un parti pris fort peu objectif,cela ne fait pas sens mais c'est vous qui croyez voir du parti pris là où il y a incompréhension.

D'accord pour ouvrir le débat sereinement mais lequel,je vous prie ?

L'essence de quel refoulement de qui à propos de quoi ?

Bouteille à encre pour moi.

Je ne comprends pas où l'auteur veut en venir,cher Monsieur,y compris:

«Faites valoir vos frustrations dans le grand réservoir de l'inanité»:ne comprends toujours pas ce coup de gueule-là,non décelé par vous on dirait..

C'est cinglant sans vous déranger pour le coup mais contre qui ?

Contre quoi ?

C'est mon sentiment,ma réaction honnête et réfléchie face à cette chronique.

Si vous voulez mêler à votre réaction envers la mienne des notions aussi nobles et dont il ne faut pas abuser comme «vérité» -ce que vous faites,pas moi-eh bien libre à vous.

C'est la démocratie.

Nous ne devons pas être sur la même longueur d'onde.

Je termine en précisant que votre message est assez abscons également !

Bon je dois être un peu refoulé sur les bords sans doute (?).

Sans rancune malgré tout !

CHRISTIAN NAUWELAERS
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