Livres du lundi #8 : la foire aux vanités

Xavier S. Thomann - 17.06.2013

Tribune - Vanité - Orgueil - Portraits


La vanité, c'est un truc vieux comme le monde. Bossuet en parlait déjà, reprenant les sages paroles de l'Ecclésiaste. C'est dire s'il s'agit d'un vieux débat, qui plus est, toujours d'actualité. Aujourd'hui, on vous propose deux livres pour faire le tour de la question. Le très bel essai d'Andreï Vieru, Éloge de la vanité, chez Grasset, et une série de portraits signés Édouard Launet, sous le titre Le petit livre des gros egos (PUF). 

 

En effet, quand on parle de vanité, les termes d'orgueil et d'égo ne sont jamais très loin. En lisant l'essai de Vieru, musicien de son état, on se rend compte qu'on n'a pas fini de faire le tour de la question. Heureusement, ce pianiste a la plume raffinée et l'esprit subtil. Son éloge de la vanité est un beau prétexte pour nous livrer ses réflexions sur la littérature, la musique, la politique, les arts plastiques et bien d'autres choses encore. 

 

Trois cents pages durant lesquelles on ne s'ennuie jamais. C'est bien plus qu'un simple essai, Vieru n'est pas avare d'anecdotes et de récits tirés de sa propre existence. Que serait un essai sur la vanité si on ne parlait pas aussi un peu de soi ? 

 

Les 13 vanités de cristal / Skull of Doom DDC_7277.jpg

thierry ehrmann, CC BY 2.0

 

 

Andreï Vieru est né à Bucarest et est venu vivre en France peu de temps avant la chute du régime de Ceaucescu. On aurait envie d'établir une parenté entre sa réflexion et celle de son illustre prédécesseur, Cioran. Bien sûr, le cynique de la rue de l'Odéon est mentionné (comment ne pas le faire ?), mais il serait vraiment réducteur de réduire ce livre au travail d'un simple épigone. 

 

Car, sous son air plaisant, ce livre a bien des choses à nous dire, notamment sur notre époque. Quoi de plus utile et agréable qu'un regard clairvoyant ? Sur le succès et la célébrité au XXIe siècle, Vieru se montre impitoyable. Et l'on a bien envie de souscrire à ses propos quand il dit : 

 

L'écrivain « à la mode » ne pense d'ordinaire qu'aux goûts de ses contemporains. À force de ne songer qu'aux manies de son époque, il finit par en fausser l'essence, la sensibilité et l'esprit ; paradoxalement, il rejoint en cela le faussaire professionnel qui, il est vrai, ne se plie qu'aux caprices des époques révolues — sentis et vus toutefois à travers le prisme de la sienne... »

 

Du reste, le livre est parsemé de sages réflexions sur cette fâcheuse tendance de l'homme à chercher les louanges à tout prix : 

 

Il est improbable que le voeu le plus cher d'un bulot ou d'une palourde ait toujours consisté à ce qu'ils fussent complimentés. La malédiction du désir d'être loué ne frappe, semble-t-il, que les vertébrés. »

 

On le voit, notre homme ne manque jamais d'esprit. « En politique, lorsque la vanité et l'orgueil marchent ensemble au pas de l'oie, on se met à rêver d'inaugurer le Salon de l'Agriculture. » Histoire de nous faire comprendre que le véritable moteur de l'Histore, c'est peut-être bien la vanité.

 

La course à l'égo

 

Du reste, avoir un gros égo ne met pas à l'abri des critiques. Si l'on n'arrive à rien sans un miminum d'amour-propre et d'orgueil, il y a une limite à ne pas dépasser. Sans quoi, le ridicule n'est jamais loin. Ce ridicule qui ne tue pas, mais qui fait mourir de rire le commun des mortels.

 

Dans son cabinet des vaniteux, Édouard Launet a casé des personnes aux horizons et aux destins les plus divers. On commence avec Delon pour finir Victor Hugo. Ce voyage au pays des gros égos nous emmène aussi du côté de BHL, Depardieu et Usain Bolt. 

 

En tête de chapitre, chacun droit à son petit surnom : BHL, « Phare et citadelle », Jacques Séguéla, « Opportuniste olympique », ou encore Marguerite Duras, « Une vigie de l'humanité ».

 

Édouard Launet a bien fourbi ses armes avant de se lancer dans la bataille contre ces égos légendaires. Lui aussi, a le sens de la formule, appliquant à la lettre la juste leçon de Bergson : « La seule cure contre la vanité, c'est le rire, et la seule faute qui soit risible, c'est la vanité ».

 

On ne résistera pas à l'envie de vous le démontrer par l'exemple. Prenons Érik Orsenna, « Cartographe de lui-même » : 

 

Érik Arnoult, alias Orsenna, dirige une PME de l'autosatisfaction dont des succursales se sont ouvertes un peu partout en France comme à l'étranger. »

 

Richar Millet passe aussi sous sa plume ironique : 

 

Être Richard Millet est épuisant. Appartenir au club des « Êtres d'exception » l'est souvent. Les membres de ce club sont, en général, élus par acclamation. Il est extrêmement rare que l'on s'y nomme soi-même directement, on peut même dire que c'est exceptionnel. »

 

De même pour l'unique Jean-Claude Van Damme :

 

Il y a eu Marcel Proust et puis, longtemps après, il y a eu Jean-Claude Van Damme. (...) Van Damme, c'est ce type qui a dit un jour : « Proust, il un peu comme moi. Longtemps il s'est couché aware ». Aware, c'est-à-dire vachement conscient de ce qu'il vit. »

 

Mordant et corrosif, toujours drôle, un peu comme si Nicolas Bedos et Gaspard Proust étaient chargés de la rédaction d'un dictionnaire des noms propres. 




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