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Finance : une créance qui rapporte des intérêts, 400 ans après sa signature

Nicolas Gary - 08.08.2020

Patrimoine et éducation - A l'international - obligations perpétuelles Hollande - université Yale obligation - emprunt russe


En ces périodes de spéculations à outrance, les valeurs refuges méritent toute l’attention des épargnants. Ainsi, des obligations émises en 1648 qui rapportent toujours forcent le respect. L’université de Yale, qui a mis la main sur les documents, n’a d’ailleurs pas manqué de faire valoir ses droits.


 

Près de 400 ans après leur émission, ces obligations ont résisté à l’épreuve du temps. Et il fallait les découvrir, parmi les dizaines de milliers de documents que comptent les archives de la bibliothèque Beinecke, de livres rares et manuscrits. 

En 2015, le conservateur Timothy Young fait la découverte : des obligations à valeur perpétuelle, initialement contractualisées avec un taux d’intérêt de 5 %, dégressif avec le temps. Et qui aujourd’hui rapportent encore 2,5 %. 

Cet artefact représente littéralement l’âge d’or de la finance néerlandaise : signé par un certain Niclaes de Meijer, il émane du Hoogheemraadschap Lekdijk Bovendams, un conseil des eaux composé de propriétaires fonciers et de citoyens. Ces derniers géraient les digues, canaux ainsi qu’un tronçon de 32 km de rivière, dans la continuité du Rhin en Hollande, le Lek. 

Rédigé sur peau de chèvre et daté du 15 mai 1648, le document atteste bien que son détenteur peut faire valoir ses droits à vie. Et c’est ainsi que Young, en septembre 2015, faisait le déplacement pour rencontrer la Stichtse Rijnlanden, autorité néerlandaise de l’eau, afin de récupérer son dû sur les 12 années d’intérêts en retard.

Au final, 136,20 €, soit 153 $ gagnés — pas même le prix du billet pour se rendre du Connecticut en Hollande, mais la symbolique reste splendide. 
 

Mon précieux...


Yale avait acquis l’obligation en 2003, et le professeur de finance Geert Rouwenhorst ne manque pas de s’étonner de l’existence d’une telle dette. D’autant que la rédaction des termes lie en effet les deux parties jusqu’à la fin des temps. Et toute personne qui disposerait d’un document similaire serait donc en droit d’exiger son dû : bien plus intéressant que les emprunts russes, en somme. 

Or, l’office des eaux, depuis 1648, ne dispose plus de registre recensant les propriétaires d’obligations. « On compte de nombreux cas, dans l’histoire, où des institutions ont émis des titres de créance de longue durée : au XVIIe siècle, des gens ont parfois contracté une dette perpétuelle », reprend Rouwenhorst.

Mais la rareté de cette obligation la rend, à plus d’un titre, unique. 

Et pour la petite histoire, l’office des eaux néerlandais put disposer, grâce à elles, d’une autonomie financière relative, qui le mettait à l’abri des aléas économiques. Toute ruine du gouvernement central n’aurait donc pas eu de répercussions. Or, ces obligations perpétuelles étaient « généralement écourtées, du fait d’un financement imprudent, d’un rappel par le gouvernement ou les malheurs des guerres et des révolutions », reprend l’enseignant. 

Petit malheur : pour obtenir les intérêts, le document doit être présenté en mains propres à l’autorité néerlandaise. À moins qu’elle ne soit donc prochainement prêtée à une institution, l’obligation ne quittera pas Yale, pour des raisons de conservation.


Commentaires
Comme quoi rien n'est parfait. Alas! Poor Yale.
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