Vous les avez tous vu ces images de promenades bondées, ces coureurs du dimanche soudain devenu jogger addict, ces maitres partis sortir leur chien invisible… C’est maintenant clair, le Français, épuisé par trois semaines de confinement, craque. Il va chercher pour une heure ou deux et au mépris des consignes un peu d’air frais, un rayon de soleil ou encore une parole amie. 


Free-Photos CC 0

 
La littérature peut encore une fois venir à notre secours pour nous montrer la voie et nous permettre de relativiser : voici deux histoires de confinés exemplaires.
 

Le lépreux d’Aoste de Xavier de Maistre


Avec Voyage autour de ma chambre, Xavier de Maistre s’adressait déjà à des lecteurs aux aspirations sportives mesurées. Mais la courte nouvelle Le lépreux d’Aoste fait encore mieux en nous présentant un véritable professionnel du confinement, un vétéran du #restezchezvous. 

Le récit nous conte la triste histoire d’un lépreux enfermé de son propre gré dans une tour entourée d’une enceinte. Nourri par l’hôpital, n’ayant pour seule visite que la venue d’un prêtre de temps à autre, le pauvre homme passe ses journées à cultiver son jardin. Il reçoit un jour un militaire attiré par la beauté des fleurs qui ornent les alentours de la demeure du malade. La conversation des deux hommes sur le quotidien du super-confiné est riche d’enseignement. 

Une véritable leçon d’hygiène dans un premier temps : « Si quelques-unes de ces fleurs vous paraissent belles, vous pouvez les prendre sans crainte, et vous ne courez aucun risque en les portant sur vous. Je les ai semées, j’ai le plaisir de les arroser et de les voir, mais je ne les touche jamais. » 

L’on apprend ensuite comment remplir sa journée de tâche enthousiasmante et sans risques : « Pendant la belle saison, la culture de mon jardin et de mon parterre m’occupe suffisamment. Pendant l’hiver, je fais des corbeilles et des nattes ; je travaille à me faire des habits ; je prépare chaque jour moi-même ma nourriture avec les provisions qu’on m’apporte de l’hôpital, et la prière remplit les heures que le travail me laisse. Enfin l’année s’écoule, et, lorsqu’elle est passée, elle me paraît encore avoir été bien courte. »

Cependant il faut garder en tête que ces activités sont accomplies par un professionnel, entraîné au malheur dès le plus jeune âge, comme le prouve cette succincte autobiographie orale : « J’ai perdu mes parents dans mon enfance et je ne les connus jamais : une sœur qui me restait est morte depuis deux ans. Je n’ai jamais eu d’ami. »

Télécharger Le lépreux d'Aoste

 

Les carnets du sous-sol de Dostoïevski 


Les carnets du sous-sol se présente sous la forme d’un journal intime où un narrateur réfugié dans un sous-sol confie sa haine du monde et de lui-même. Tout au long des quelque deux cents pages qui constituent le récit, ce confiné souterrain, malade et dépressif, va enchainer les considérations philosophiques et former une violente critique de la vie en extérieur des « hommes normaux ». 

Ce personnage de Dostoïevski semble, dans un premier temps, particulièrement utile pour avoir un indice de notre état psychologique après la prolongation des mesures de sécurité. En effet lorsque le confinement aura été repoussé de deux semaines pour la 57e fois consécutive personne ne pourra juger le pauvre homme trop sévèrement. 

« – Pourquoi avez-vous donc écrit tout ça ? demandez-vous.
- Je vous enfermerais pour quarante ans, sans rien à faire, et je reviendrais vous voir quarante années plus tard, dans votre sous-sol, pour voir où vous en êtes... Est-il possible de laisser seul un homme sans rien à faire pendant quarante années ? 
»

L’œuvre se révèle également étonnamment contemporaine, notamment à propos de débat sur la chloroquine qui a agité la presse ces dernières semaines. « Je ne me soigne pas, je ne me suis jamais soigné, même si je respecte la médecine et les docteurs. En plus, je suis superstitieux comme ce n’est pas permis : enfin, assez pour respecter la médecine. » 

Il serait donc peut-être de bon ton de prendre au sérieux l’une des phrases les plus simples et les plus catégoriques de l’ouvrage : « La fin des fins messieurs, est de ne rien faire du tout. L’inertie contemplative est préférable à quoi que ce soit. »

Télécharger Les carnets du sous-sol


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.