Une 'rémunération indécente' pour un travail d'illustrateur

Clément Solym - 06.01.2012

Edition - Les maisons - auteurs - illustrateurs - rémunération


Le Groupement des Auteurs-Illustrateurs et scénaristes vient de faire parvenir un courrier au directeur de la publication des éditions Ebla. Cet éditeur aurait en effet une proposition pour l'illustration de manuels scolaires français et maths pour classes de 6e, 5e et 4e. 

 

Selon le courrier (en PDF à cette adresse), l'ensemble des travaux comporte « 2 grandes scènes illustrées riches en détail, 9 cabochons et 6 illustrations de couvertures. Soit 17 illustrations rémunérées au forfait 350 Euros », souligne le Grill. Pour qui le montant de la rémunération est indécent.

 

 

« Se cacher derrière des arguments financiers et conjoncturels, même s'ils sont réels, est indéfendable lorsque cela permet à une seule partie (l'éditeur) de s'en sortir », note en effet le Groupement. 

Un éditeur doit faire le choix responsable d'une politique tarifaire qui permet de trouver un équilibre entre prix de vente, volume du tirage, diffusion et rémunération de chaque intervenant.
Vous le savez fort bien. Mais cet équilibre doit tenir compte également de l'illustrateur au même titre que l'imprimeur, le libraire, le diffuseur, etc... L'illustrateur nʼest pas une variable dʼajustement des difficultés économiques des autres corps de métier du livre.

La rémunération que vous proposez, si l'on tient compte du seul temps de réalisation dʼune image, n'atteint pas le smic horaire.
En proposant ce genre de tarif, vous participez à la dé-professionnalisation de notre activité.
Et nous parlons là seulement d'une rétribution minimale ! Nous ne parlons même pas de rémunérer
le travail de création. Un employé sans qualification requise serait mieux payé qu'un de vos créateurs. Or un illustrateur est un professionnel fort de son expérience de l'image, de ses compétences artistiques et de sa connaissance des métiers du livre. Au regard des délais courts qui lui sont souvent imposés, il est obligé de travailler à temps plein. La demande dʼune rémunération minimum équivalente au smic nous paraît donc plus que légitime.

 

Et d'ajouter que le comportement de l'éditeur participe, à sa mesure, à une dégradation de la chaîne du livre, pointant, « illustrations réalisées à la va-vite par des professionnels ne réussissant pas à boucler leur fin de mois ou illustrations mal réalisées par des non-professionnels qui font des images en amateur après leurs 35 heures de travail ». En somme, dont acte.


En outre, les éditeurs qui proposent des conditions de travail sont rapidement connus dans le milieu, les auteurs et illustrateurs échangeant facilement leurs impressions et ressentis. « Nous voulons préserver une relation de travail agréable et sereine, basée sur la confiance et le respect du travail de tous. C'est une condition indispensable pour sauvegarder la qualité et la viabilité des livres qui paraissent, ce qui, nous l'espérons, reste votre objectif.

 

Par conséquent, nous vous demandons d'adapter votre projet éditorial à la réalité professionnelle de l'illustrateur en pratiquant des tarifs décents, en réduisant, le cas échéant, le nombre d'illustrations et en augmentant la rémunération. » 


"Nous sommes une petite structure"

ActuaLitté a contacté les éditions Ebla, pour comprendre la position de l'éditeur. « Nous n'avons pas grand-chose à dire. Ce doit être un malentendu. D'abord, nous avions proposé jusqu'à 400 € pour ces illustrations, entre 350 et 400 €. Ensuite, nous sommes une petite structure, qui a été créée voilà 20 ans, par trois enseignants. Nous faisons particulièrement attention à tout, et nous publions sans aucune aide. »

 

D'ailleurs, le projet est actuellement retardé, mais devrait tout de même voir le jour. « Nous avons voulu nous ouvrir aux jeunes auteurs et illustrateurs, pour favoriser la découverte. C'était important pour nous de leur donner la parole. Mais pour le travail qui était demandé - on parle de 7 illustrations - ça n'allait pas bien loin et ne demandait pas un travail gigantesque. Et si le président du Grill a quelque chose à dire, qu'il nous appelle. Et si les illustrateurs ont un problème qu'ils viennent nous voir et l'on discutera. Que les personnes soient déçues, je le comprends, mais qu'on fasse des lettres pour ce genre de chose...

 

Vous savez, c'est un combat constant pour nous, que de nous faire connaître, de faire parler de nos livres. Et les journalistes ne jouent pas le jeu : pour faire découvrir nos produits, nous avons sollicité, demandé, envoyé des dossiers de presse et des livres. Mais ils restent très opaques. Et quand quelque chose ne va pas, on en fait toute une histoire. » 




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