Payer plus cher pour du numérique, triste réalité

Clément Solym - 01.10.2012

Edition - Economie - Prix de vente - livres numériques - dumping


Est-il légitime de se sentir lésé, quand on est lecteur, de découvrir qu'un livre numérique est vendu presque un tiers plus cher qu'une version hardback. Les arguments reviennent : c'est dématérialisé, donc sans impression ni encre, mais la réalité dans les étals de cybermarchand est bien éloignée de ces considérations pratiques : les lecteurs payent plus cher. 

 

Internet est une fois de plus à l'origine de cette problématique. On parlerait même d'une maladie : lafotonet. Et la littérature connaît les mêmes affres que ce que la musique ou le cinéma, avec l'ère numérique, ont pu connaître. C'est qu'en fait, il n'aura pas fallu longtemps pour découvrir l'application des règles imposées par la Commission européenne. En signant la fin du contrat de mandat qui imposait le prix de vente des ebooks, par les éditeurs aux distributeurs, la CE vient de mettre dans les mains des marchands le soin de définir le prix de vente. 

 

L'étude pointant le différentiel de prix entre hardback et ebook s'est penchée sur les titres proposés par Amazon. Elle n'a pas en compte que les titres de fiction et non-fiction proposés dans les étals. Ainsi, les premiers exemples s'imposent : le dernier Rowling était à 11,99 £, mais disponible à 9 £ en précommande... en version papier.

 

Les ebooks, outre-Manche, représentent 15 % des ventes de livres pour un marché qui avoisine les 260 millions £ sur 2012. Et dans le marché du livre numérique, Amazon, encore et toujours, pèse pour 80 % des ventes. Les éditeurs assurent qu'ils peuvent économiser un peu d'argent, sur le prix de vente des ebooks, en comparaison du papier, mais avec une TVA largement plus forte pour le numérique, difficile de s'en sortir. 

 

 

 

 

Pour Tom Tivnan, une remise de 2 à 3 £ sur le prix de vente moyen serait assez juste pour les clients, qui seraient prêts alors à se rabattre sur les versions numériques. « Si vous pouvez obtenir le livre de Rowling pour 10 £ en version cartonnée, les éditeurs devraient alors proposer leur ebook pour 7 ou 8 £. » Et pour comble, on retrouve des prix de vente plus élevés sur les titres de non-fiction, montre l'étude : des autobiographies, avec toujours près de 30 % de plus pour l'ebook que le hardback. 

 

Chez HarperCollins, on s'explique, en se prenant un peu les pieds dans le tapis. « Notre travail d'éditeur est de chercher un équilibre délicat entre la fixation de prix justes pour le consommateur, tout en s'assurant que les intérêts de l'auteur sont protégés. » Oui, mais voilà : depuis une dizaine de jours, l'éditeur ne fixe plus rien. Et désormais, des analystes vont tenter de faire rentrer dans la tête des clients que le livre numérique n'a pas pour obligation de coûter moins cher. 

 

Benoît Evans, de la société d'analyse Enders Analysis, s'avance sur un terrain glissant : « La structure de coût pour un éditeur est en grande partie inflexible, et il n'y a pas de raison particulière pour que les livres numériques soient moins chers qu'un livre imprimé », souligne-t-il. 

 

Ce qui est intéressant, c'est de découvrir que, comme prévu, la fin des contrats de mandat originaux influe directement sur le prix de vente des ebooks. Et que, justement, c'est le même constat que l'on opérait quand les éditeurs ont fixé le prix de vente. Or, cette comparaison entre papier et numérique fausse largement la donne. D'abord, avant que les nouveaux prix de vente ne soient répercutés, il faudra probablement attendre encore quelque temps. 

 

D'autre part, nous avions assuré que d'un côté, Amazon augmenterait le prix de vente de certains ouvrages, pour compenser les pertes liées au dumping sur d'autres. Et nous y sommes donc : pour le moment, le processus n'est pas complètement engagé, mais cela arrivera vite. D'abord, les gros best-sellers seront à prix réduit, très réduit, et en face, on trouvera des ouvrages qui sont moins vendeurs, avec un plus haut prix de vente... Tout pour encourager à la bibliodiversité.

 




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