Oe Kenzaburo et Philippe Forest : le roman du Je

Clément Solym - 17.03.2012

Edition - International - Kenzaburo Oe - Japon - intime


Le Salon du livre accueillait ce matin un des plus éminents représentants de la littérature japonaise, Kenzaburo Oe, Prix Nobel de littérature en 1994. Etait également présent Philippe Forest, romancier et essayiste. Ce dernier a consacré un ouvrage encensé par la critique à Kenzaburo Oe. Ensemble, les deux auteurs ont discuté de la portée du Je dans les romans de Kenzaburo Oe, et de ses impressions sur l'accident nucléaire de Fukushima.

 

La structure des romans de Kenzaburo Oe met en scène des personnages à mi-chemin entre le vécu de l'auteur et la fiction. C'est un peu de lui qui transparaît dans sa prose.

 

Kenzaburo Oe

 

 

Et la rencontre avec Philippe Forest aurait permis à Kenzaburo Oe d'atteindre une nouvelle compréhension de son œuvre. Forest aurait en effet offert un exemplaire de son livre, L'enfant éternel, à Kenzaburo. Cet ouvrage raconte entre autres la maladie de sa fille, atteinte d'un cancer et décédée depuis. Le Nobel est également le père d'un enfant né handicapé. Lors de la rencontre des deux auteurs, Kenzaburo avoue qu'il était intimidé. « On a dit que j'avais été aimable, gentil. Je ne suis pas gentil. J'étais terrifié. »

 

« Ce livre merveilleux m'a permis d'atteindre une compréhension beaucoup plus profonde. Il y a quelque chose dans son écriture qui n'est pas véritablement gouvernée par la conscience, quelque chose propre, justement, au roman du Je », explique-t-il. C'est une façon de former l'image, de donner forme au souvenir, qui est profondément liée à ce que Forrest explique dans sa théorie littéraire de l'oeuvre de Kenzaburo Oe. Kenzaburo avoue même avoir acheté un autre exemplaire du livre, afin de pouvoir y annoter des passages et donner libre cours à ce que ce roman lui évoque.

 

La thématique de l'enfant

 

Plus intimes que le reste sont les relations du père à l'enfant, qui transparaissent dans le cas de Philippe Forest et de Kenzaburo Oe.

 

On a vu comment L'enfant éternel avait influé sur le travail de l'auteur japonais. Kenzaburo Oe est avant tout un grand lecteur, qui reconnaît l'importance dans son oeuvre des figures de Rabelais, Camus, Sartre, Céline (qu'il a lu avant qu'il soit traduit en japonais, donc en français). Faisant référence à la Divine Comédie de Dante, Oe rappelle que l'Enfer tel qu'il est vécu par le narrateur donne à voir une existence où « la porte du futur est close ». Tout ce qui a été écrit ne vaut plus rien. « Quand j'étais plus jeune, je ne comprenais pas ce passage-là », explique-t-il.

 

« Il me semblait que même si je ne vivais pas longtemps, même si mon fils était handicapé. Mes livres seraient lus, les CD de mon fils Hikari seraient écoutés ». Hiroshima, Fukushima... sont autant de moments de désastre qui donnent à voir la fin de l'optimisme. Quand on lui demande si les perspectives de son fils,compositeur, lui semblent bonnes, il répond, sans misérabilisme, qu'il ne le pense pas.Il avait écrit sur la relation qu'il entretient avec son fils, dans son livre Dites-nous comment survivre à notre folie.

 

Kenzaburo Oe, en compagnie de Philippe Forest

 

 

Pas de faux espoirs, pas de fiction. Comme dans ses romans, il tente de contrecarrer la dimension mensongère de la fiction en tissant le récit de son vécu, de ce qui est irrémédiablement vrai. Il semble dès lors inutile de mentir au-delà d'un certain point.

 

L'engagement de l'auteur : sortir du nucléaire

 

Kenzaburo Oe est par ailleurs engagé dans son pays pour faire valoir l'article 5 de la Constitution japonaise, qui interdit toute déclaration de guerre. Il a longtemps été en froid avec la France, dans le cadre de la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique. La première rencontre avec Philippe Forest en 1999 est, à ce titre, une forme de reprise du dialogue avec l'Hexagone.

 

Kenzaburo Oe milite également pour la sortie du nucléaire au Japon suite à l'accident advenu à la centrale nucléaire de Fukushima. « Il est légitime qu'il insiste sur la question politique avec l'après coup de Fukushima. J'ai tenu à ce que cet aspect politique soit maintenu dans nos entretiens ». Dans un entretien en 1999, il avait besoin d'invoquer Hiroshima. Aujourd'hui Fukushima s'ajoute aux événements traumatiques de sa vie.

 

Et pour l'auteur, Dante est justement bienvenu pour évoquer Fukushima. « J'ai pensé au tsunami qui a tout emporté, les livres, les savants, je repense à Dante et Virgile dans Enfer. La porte de l'avenir est close, la culture de la mémoire n'existe plus et n'a plus de raison d'exister. On peut tracer un parallèle entre Florence au XIIIe siècle et Fukushima. Toute ma société risque de disparaître si les centrales continuent de fonctionner », déclare-t-il, fustigeant au passage les mensonges et l'aveuglement du gouvernement japonais.

 

Philippe Forest tempère le discours d'Oe pour sa part. Si la porte est close, « faisons comme si elle était encore ouverte ». Message d'espoir, entendu par le public venu en grand nombre rencontrer et acclamer le Nobel de littérature ce jour-là.

 

Tous les livres de Kenzaburo Oe, en librairie




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