Les libraires en soutien “aux éditeurs qui se détournent d'Amazon”

Nicolas Gary - 04.12.2020

Edition - Librairies - Librairies Nouvelle Aquitaine - boycott Amazon librairie


Début novembre, une cinquantaine de maisons d’édition décidait de boycotter officiellement Amazon. Retrait immédiat de leurs ouvrages, et plus aucune vente via le cybermarchand américain. Un mouvement particulièrement apprécié par des associations de libraires, qui décident de soutenir l’action des éditeurs. 

Krazy Kat - librairie BD à Bordeaux
 

« Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon. » Le message des cinquante éditeurs et diffuseurs était limpide, et appelait « l’ensemble des maisons d’édition et acteurs·rices de la chaîne du livre à nous rejoindre dans cet engagement ». Du côté des grands éditeurs, le mouvement a été peu suivi. En revanche deux associations de librairies leur emboitent le pas.
 

En guise de solidarité...


Librairies en Nouvelle-Aquitaine et Libraires du Sud choisissent en effet « d’apporter [leur] solidarité de libraires à ces éditeurs qui ont choisi de se passer d’Amazon », indique Marie-Claude Rossard, de LINA. 

« Afin de soutenir leur démarche qui représente un sacrifice économique non négligeable, nous vous proposons de commander des ouvrages auprès de ces éditeurs et de les mettre en avant pour cette fin d’année. »

Le Conseil d’administration de l’association diffuse donc deux documents, qui proposent des bons de commande réunissant des titres des maisons. « Pas d’obligation ni de minimum de commande, une faculté de retour sur l’ensemble et quant aux conditions de remise elles seront à voir en fonction des commandes et avec vos interlocuteurs chez les deux diffuseurs que sont Hobo Diffusion et Les Belles Lettres », poursuit Marie-Claude Rossard.
 
Et le mouvement prend déjà de l’ampleur. Contactée, l’association LINA (près de 110 librairies) remonte des témoignages de lecteurs particulièrement encourageants. « Beaucoup de nos libraires nous racontent que de nouveaux clients se présentent chez eux, avec un discours changé. Ils expliquent avoir pris conscience de ce que l’acte d’achat chez Amazon implique et qu’ils préfèrent réaliser quelques kilomètres, et éventuellement attendre pour recevoir leur livre. »

Une démarche qui semble faire aboutir des années de communication sur ce lien si particulier entre la consommation et l’action citoyenne. « Cette transformation montre que les lecteurs ont mesuré ce que le commerce de proximité peut représenter. Et qu’ils souhaitent adopter des attitudes plus responsables. »
 

Les librairies dans leur plein rôle


Cécile Bory, présidente de l’association Librairies de Nouvelle-Aquitaine le souligne : « Sans prescripteurs, le public finissait par lire les mêmes titres, n’ayant que la presse et les médias qui eux-mêmes tournent un peu en boucle. Quand nous avons pris connaissance de l’action de ces éditeurs indépendants regroupés pour un boycott, notre Conseil d’administration a adopté à l’unanimité la décision d’un soutien. »

Et d’ajouter : « C’est notre rôle de librairies indépendantes que de sortir des sentiers battus et de pouvoir proposer des lectures plus confidentielles. Bien entendu, chaque libraire agit à son niveau, suivant ses goûts et ses envies. Mais une telle démarche reflète la logique même de la chaîne du livre. »

La Librairie Georges (Talence, Girdonde), que dirige Cécile Bory, avait déjà enclenché une démarche similaire au sortir du premier confinement. « Quand les lecteurs sont revenus, nous avons mis en avant les éditeurs néo-aquitains et des maisons indépendantes. Et les retours étaient très favorables : les lecteurs apprécient ce savoir-faire. »

Libraires du Sud choisit de diffuser l’information : Christelle Chathuant, directrice de l’association, qui réunit une soixantaine de librairies, indique partager pleinement les arguments de LINA. Et encourage ses membres à en adopter les modalités. 

Marie-Claude Rossard insiste : « Personnellement, je suis extrêmement sensible à ce lien entre libraires et éditeurs. Cela découle d’une vision politique, autant que de mes expériences professionnelles : j’ai connu 25 années de librairies et 10 années d’édition, également comme relation libraire. Et que le marasme de la situation que nous vivons serve à introduire un peu plus de solidarité interprofessionnelle est appréciable. »

D’ailleurs, les membres de l’association ne s’y sont pas trompés, et prennent « le temps d’y réfléchir : ce ne sont pas des catalogues faciles, reconnaissent-ils, mais l’idée a séduit tout le monde. Quand je faisais ce métier, j’avais véritablement le sentiment de défendre ma voix et ma liberté de libraire lorsque je me consacrais à des auteurs et des éditeurs plus confidentiels ». Peut-être que cette vision est encore partagée…

Entre-temps, d’autres organisations ont d'ailleurs pris contact avec LINA : il n’est pas impensable que l’initiative se répercute à travers différentes régions de France.

On peut retrouver les bons de commande à cette adresse pour les éditeurs de Hobo diffusion, et à cette autre pour les maisons de Belles Lettres.


Liste des éditeurs qui ont fait le pari de refuser Amazon : Zones Sensibles, Vies Parallèles, Les Fondeurs de briques, Hobo Diffusion, Éditions Divergences, Éditions la Tempête, Nada éditions, Éditions du Commun, L'œil d'or, Les Éditions sociales, La Dispute, Éditions Grevis, Éditions Ixe, Jef Klak, Panthère première, Tendance Négative, Audimat, La Lenteur, Le Monde à l'envers, Éditions des Mondes à faire, Éditions du Bout de la ville, Huber éditions, Archives de la zone mondiale, Smolny, Otium, Ici-bas, Éditions Pontcerq, Premiers Matins de novembre, Faces cachées éditions, Serendip livres, Paon Diffusion, Les Éditions libertaires, Gruppen, Black star (s)éditions, Le Chien rouge, Rue des Cascades, Éditions Dépaysage, Éditions Goater, HumuS, Homo Habilis, Tahin Party, L'atinoir, Éditions Adespote, Éditions Blast, Asinamali, Éditions Daronnes, Les Éditions de la Roue, Éditions Noir et Rouge, Les Nuits rouges.

crédit photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0 - librairie Krazy Kat à Bordeaux
 


Commentaires
Bien entendu, nos courageux libraires vont à leur tour, en toute réciprocité, bannir de leurs rayonnages les éditeurs qui osent vendre sur amazon : envolés Gallimard, Grasset, le Seuil, Robert -Laffont et autres... Ha non ? Tiens donc ! Pour cela, faudrait oser...



Mais nous avons hâte de voir les ouvrages, jusque là confidentiels, des éditeurs ayant quitté "la bête immonde" fleurir en tête de gondole.



Tout doit être fait pour faire oublier ceci : Amazon, en 1994, c'était un péquin qui vendait sur le net des livres stockés dans un garage. Il n'a pas gagné un rond pendant 6 ans, sous les quolibets de nos éditeurs cocardiers. TOUS les grands éditeurs parisiano-parisiens sont adossés à de grands groupes aux finances abondances (genre Lagardère and co). Qu'ont il fait pendant ce temps ? RIEN ! Ils se sont regardé leur nombril germanopratin en s'assurant, ma bonne dame, que jamais cette horreur d'internet n'aborderait nos rivages, et que même si cela arrivait, une politique de tarifs délirants sur les ebooks les protégerait de la déferlante. Exactement la même erreur qu'ont faite les grands groupes hoteliers comme Accor, qui se font à présent manger la laine sur le dos par les booking et autres trip advisor.

Nos "grands" éditeurs, encalminés dans le XIXe siècle pour ce qui est de leur gestion (incapables de payer leurs auteurs, de connaitre et communiquer leurs ventes, etc, à une échéance autre qu'annuelle, en encore!) se sont réveillés trop tard. Ils en paient le prix. Quand aux libraires, soyez certain qu'ils sont le cadet de leur soucis.
Nous accusons les GAFAM (dont évidemment Amazon) de tous les vices, mais nous ne pouvons plus nous passer d'eux... Une crainte que devrait ressentir les libraires, dans un premier temps, les éditeurs dans un second, c'est la vente en ligne directe de l'éditeur voire de l'auteur au lecteur. En attendant de pouvoir imprimer et relier directement les ouvrages qui nous intéressent depuis chez soi sur quelque "papier" ou autre matière effaçable et réutilisable, selon une invention brevetée mondialement par l'un ou l'autre de nos "chers" Big Five...
Mais que ne l'ont-ils fait avant ?

facile de saluer les éditeurs qui se tirent une balle dans le pied en sacrifiant une partie de leurs ventes !

moi je vends sur Amazon parce que trop de libraires racontent depuis des années qu'ils ne peuvent obtenir mes livres tout simplement parce que je ne suis pas distribuée par la sodis ou dar le groupe albin-michel ou autres....

Je vends sur Amazon parce que les libraires ne veulent pas prendre mle risque de vendre les romans des auteurs de leur région qui ne sont pas chez les mastodontes de l'édition.

Tout ça, ca reste de la posture !!!!

Am
Mais que ne l'ont-ils fait avant ?

facile de saluer les éditeurs qui se tirent une balle dans le pied en sacrifiant une partie de leurs ventes !

moi je vends sur Amazon parce que trop de libraires racontent depuis des années qu'ils ne peuvent obtenir mes livres tout simplement parce que je ne suis pas distribuée par la sodis ou dar le groupe albin-michel ou autres....

Je vends sur Amazon parce que les libraires ne veulent pas prendre mle risque de vendre les romans des auteurs de leur région qui ne sont pas chez les mastodontes de l'édition.

Tout ça, ca reste de la posture !!!!

Am
La liste des éditeurs boycottant Amazon vaut à elle seule le détour : des moutons à cinq pattes inconnus du grand public et des trois quarts des libraires! Aucun intérêt. Le style d'éditeur qui prend des frais de port, rechigne à accorder une remise viable et met trois plombes à livrer.

Comme l'a dit le premier commentaire, la seule et vraie et grande audace viendrait des éditeurs qui tiennent la majorité du marché (et donc leur diifuseur), qu'ils osent boycotter le géant amazon, et le géant cdiscount, et tout le net marchand tant qu'on y est.

Tout cela est plus que de la posture, c'est de la démagogie, qui frise le poujadisme.

Les libraires ( dont je fais partie)ne peuvent pas faire comme si Internet ne passera pas par eux. IL est temps de s'y mettre, d'arrêter de penser préserver un métier uniquement sur la base d'un petit relationnel client d'un autre temps. La librairie est un commerce, Internet est un des moyens de vendre des livres aujourd'hui, il est incontournable. Boycotter ce vecteur serait comme nager à contre courant : on finit par s'épuiser.
« Les libraires ( dont je fais partie)ne peuvent pas faire comme si Internet ne passera pas par eux. IL est temps de s'y mettre, d'arrêter de penser préserver un métier uniquement sur la base d'un petit relationnel client d'un autre temps. La librairie est un commerce, Internet est un des moyens de vendre des livres aujourd'hui, il est incontournable. Boycotter ce vecteur serait comme nager à contre courant : on finit par s'épuiser. »

Bravo... Ça nous change des geignards habituels. Je vous encourage beaucoup !
Être inconnu de vous en dit-il plus sur notre travail ou sur l'étendue de votre connaissance du marché? Peut-être vaut-il mieux cheminer sur cinq pattes que de suivre Panurge en courant.
« Et que le marasme de la situation que nous vivons serve à introduire un peu plus de solidarité interprofessionnelle est appréciable. »

Alléluia : ce monsieur va donc prendre en compte le sort des auteurs et tenter de les sortir du marasme dans lequel les entretiennent ces éditeurs qui font tout pour qu'ils ne sortent la tête de l'eau que pour respirer entre deux noyades.

Non, je rigole. L'interprofessionnalité, c'est pour les pros. Les auteurs, c'est juste de la matière première...
Quand les libraires refusent de vendre ou de mettre en étalage des ouvrages de jeunes écrivains, alors, merci à Amazon d'avoir et d'être présent.

Faut-il en dire plus ?
Réaction stérile d'un autre temps qui démontre l'incompétence de ces éditeurs à diriger une société commerciale.

Quant aux libraires qui aimeraient vivre sur des acquis passéistes, ils disparaîtront comme les cochers de fiacre qui n'ont pas su adopter l'automobile.

Pour ma part, après avoir publié un bouquin dans une maison d'édition classique, que les libraires, comme par hasard, ne commandaient pas malgré quelques demandes, je publie et vend sur Amazon (https://www.amazon.fr/Patrick-Pike/e/B07FKTGP3M?ref_=dbs_p_pbk_r00_abau_000000).
Cher Monsieur Pike,



Permettez-moi de continuer votre diatribe contre les éditeurs...



"Pour ma part (...), je publie et vend sur Amazon". il manque en effet "des livres que je fais imprimer en Pologne pour soutenir et défendre le monde du livre"...

https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb46650690t
Intention louable... Mais si les libraires voulaient vraiment soutenir les petits éditeurs et leurs auteurs, ils ont un moyen tout simple à leur disposition : arrêter de faire des achats aux éditeurs avec possibilité de retours des livres, et leur faire à la place des commandes fermes. Pourquoi cela ne serait-il ps possible s'ils croient en ces livres et en leur rôle de prescripteurs ? Cela éviterait aussi que les livres retournées aux éditeurs par wagons entiers filent tout droit au pilon... Et ce serait vraiment une action éco-responsable !
"Mais si les libraires voulaient vraiment soutenir les petits éditeurs et leurs auteurs, ils ont un moyen tout simple à leur disposition : arrêter de faire des achats aux éditeurs avec possibilité de retours des livres, et leur faire à la place des commandes fermes.".. quelle chance vous avez! Chez moi (06), les "gros libraires indépendants" daignent à peine prendre un ou deux ex. en dépôt... et après ils osent se plaindre! Heureusement il reste encore un ou deux VRAIS libraires qui lisent les livres et acceptent de prendre quelques risques (il est vrai qu'investir 100 ou 200€ en un achat ferme est un risque qu'un libraire faisant 800k€ de CA ne peut pas se permettre...)

Alors, de mon côté, je prospecte avec beaucoup de bonheur et de succès les supermarchés indépendants... oui oui vous savez, ceux qui vendent du paté et des couches! ET bien, EUX, ils prennent mes bouquins par 50 en achat ferme... et, sans aucun conseil, leurs clients les achètent, et donc ces mêmes vendeurs de paté me recommandent des livres. Cherchez l'erreur! Alors quand j'entend certains libraires se plaindre d'Amazon, que leur conseil est important (oui oui, c'est vrai en théorie) et qu'ensuite, en librairie, ils vendent uniquement les blockbusters... eh bien angry sick sick

Voilà, fin du coup de gueule

PS : nous n'existons que depuis 2 ans, mais depuis le début nous refusons de vendre sur Amazon, et nous imprimons en régional. Peut-être sommes-nous trop romantiques?
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