Le rachat de Simon & Schuster par PRH ravive la crainte de la concentration

Antoine Oury - 30.11.2020

Edition - International - Simon & Schuster PRH - edition concentration - editeurs etats unis


Pour 2,175 milliards $, Penguin Random House, filiale du groupe Bertelsmann, s'offrira Simon & Schuster, groupe éditorial vendu par le conglomérat médiatique ViacomCBS. Pour PRH, l'affaire est alléchante, avec la perspective de récupérer les ouvrages de Stephen King, Bob Woodward, Dan Brown ou encore John Grisham. Mais pour les libraires et les auteurs américains, cette transaction invoque le spectre de la concentration.

Simon & Schuster - London Book Fair 2016


Ne les appelez plus « Big 5 », mais « Big 4 » : le rachat de Simon & Schuster par Penguin Random House signifie, aux États-Unis, la disparition d'un des grands acteurs de l'édition, rompant le relatif équilibre instauré par une saine compétition entre ces mastodontes du secteur. 

De nombreux représentants de l'industrie du livre s'inquiètent d'ores et déjà de ce rachat, qui doit encore être validé par l'autorité de la concurrence, outre-Atlantique. L'American Booksellers Association, qui réunit une partie des libraires américains, évoque une situation où « bien trop de pouvoir se retrouve entre les mains d'une seule société, au détriment des lecteurs et des auteurs ».

Les inquiétudes sont d'autant plus grandes, au pays de la libre concurrence, que Penguin Random House, déjà né de la fusion de deux importantes sociétés d'édition, appartient à un conglomérat étranger, Bertelsmann, dont le siège se trouve en Allemagne.

« Cette transaction rendra plus difficilement accessible aux auteurs et éditeurs le soutien dont ils ont besoin pour rechercher, écrire et concevoir les types de livres dont les Américains ont besoin pour faire face aux nombreuses crises politiques et économiques graves auxquelles ils sont confrontés. Cela menacera également la capacité des libraires indépendants — déjà sous le choc de la pandémie COVID-19 et d'autres pressions — de rester compétitifs », assure Barry Lynn, directeur général du think tank Open market institute, spécialiste des monopoles.

L'Authors Guild, qui représente pour sa part les auteurs américains, « s'oppose » franchement au rachat. « Cela signifierait que la maison d'édition née de l'acquisition représenterait environ 50 % de tous les livres publiés sur le marché grand public, créant un énorme déséquilibre dans l'industrie de l'édition américaine », s'alarme l'organisation. Selon cette dernière, cette perte en matière de concurrence se traduirait par une baisse des montants des avances concédées aux auteurs.

« Les cas antérieurs de concentration dans l'édition nous ont également appris que les auteurs sont encore plus touchés par ces fusions en raison des licenciements éditoriaux, des annulations de contrats, d'une réduction de la diversité des auteurs et des idées, d'une approche plus timorée et d'une baisse du nombre de maisons où l'auteur peut publier », souligne encore l'Authors Guild.
 

« Nous sommes plus petits que ce que l'on croit »


Dans un entretien au Bookseller faisant suite à l'annonce du rachat probable de Simon & Schuster par Penguin Random House, Markus Dohle, directeur exécutif de PRH, a tenu à rassurer tout le monde.

« Nous sommes plus petits que ce que l'on croit », a ainsi souligné Dohle, précisant que les parts de marché de Simon & Schuster et Penguin Random House, réunies, pesaient toujours pour moins de 20 % du marché du livre aux États-Unis. Les ventes des formats imprimé, audio et numérique chez PRH représentent 14,2 % de parts de marché, et 4,2 % pour celles de Simon & Schuster.

Difficile de trancher sur les chiffres, mais ceux de la société NPD BookScan, qui ne portent que sur les ventes totales d'ouvrages imprimés aux États-Unis, indiquent que PRH pèserait pour 25 % de celles-ci, et Simon & Schuster pour 9 %...
 
« Je suis très confiant, sinon je n'aurais pas signé de contrat », indique encore Markus Dohle à propos de l'examen à venir du rachat par les autorités américaines chargées du respect de la concurrence. Le directeur exécutif a également balayé les craintes de restructuration ou de pertes d'autonomie des maisons de la filiale Simon & Schuster. 

« Nous l'avons déjà fait, alors nous pouvons être jugés sur pièce », a-t-il affirmé en faisant référence à la fusion de Penguin et de Random House auprès du New York Times.

Photographie : le logo de Simon & Schuster (illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


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