L'Amazon Academy, formateur en transition numérique pour libraires...

Nicolas Gary - 09.12.2020

Edition - Economie - digital Amazon - Amazon Academy commerce - libraires internet commerce


« Rejoignez l’Amazon Academy ! » Les quelques libraires qui ont reçu ce message, lancé à l’invitation du directeur général d’Amazon France, ont manqué de s’étrangler. Un principe de webinar, réunissant différents intervenants et spécialistes, pour parler de commerce en ligne. L’inscription, gratuite, permettait d’assister à plusieurs rencontres vidéo. Et ensuite ?


 

« Le monde change, chacun se transforme et se réinvente grâce au numérique. Entourés d’intervenants d’exception, nous allons définir ensemble les solutions qui vous permettront de développer votre activité », indique Frédéric Duval dans un courriel circonstancié. Le tout en partenariat avec BFM Business et 01 Net. 
 
L’idée de ce programme se mesure à l’aune des propos du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Début novembre, il indiquait que 100 millions € seraient débloqués « pour accompagner les chefs d’entreprise dans leur digitalisation, via une aide directe ou un crédit d’impôt ». Objectif ? La digitalisation. Ainsi, « il faut que chaque commerce ait son site Internet ». 
 

La France s'engage... Amazon aussi


Comment l’Amazon Academy s’inscrit-elle dans cette perspective ? Mystère… Reste que le géant aurait, de toute évidence, quelques bons conseils à donner en matière de vente en ligne, d’expérience utilisateur ou encore de données clients. Le DG d’Amazon France assurait même qu’en regard des industries européennes, l’Hexagone souffrait d’un retard assez net. Et de jurer, surtout, qu’il n’agissait pas de la sorte pour que l’on s’engouffre sur la marketplace d’Amazon. 

Partant du constat que les commerçants ne disposent pas de site de vente, ou n’ont pas les compétences, Amazon, généreusement, va donc prendre en charge cette transition. Et donc aider les sociétés à prendre plus efficacement le virage numérique. 

Les libraires qui nous ont fait parvenir l’invitation de Frédéric Duval, une fois ces explications posées, passèrent de la consternation à la stupeur. Parfois, inversement. « Qui va accepter de travailler avec Amazon ? Quel type de commerce ne se rend pas compte que cette entreprise cherche une position hégémonique globale ? »



 
Qui ? Eh bien, la BPI, ou Banque Publique d’Investissement, qui défend donc son partenariat avec la firme américaine. « Dans ce projet qui nous a été présenté […] nous avons regardé la qualité du service rendu, l’accompagnement et le bénéfice pour les entrepreneurs, dans le respect de nos valeurs », indique Patrice Bégay, directeur exécutif et directeur de la communication de BPIfrance.

Et parce que le DG d’Amazon France évoque la gratuité de cet accompagnement, alors la BPI s’engouffre. « C’est très important, aujourd’hui, d’avoir un service gratuit, un accompagnement pour se digitaliser. » Au croisement des meilleurs programmes de la BPI avec ceux que peut proposer Amazon. Voilà comment se monte un « accélérateur du numérique en marque blanche » participera d’un rassemblement global. 


Mais que l’on ne s’y trompe pas : cette Amazon Academy ne date pas d’hier, ainsi que l’entreprise le précisait aux inscrits de sa journée. « Pour la quatrième année consécutive, Amazon réunit un panel d’entrepreneurs et d’experts du numérique pour une journée d’inspiration et d’échanges autour du thème de l’innovation au service de la croissance. » Logiquement, les thématiques abordées — qui ont su vanter amplement les qualités d’Amazon dans de multiples domaines (parfois difficilement contestables) — furent les suivantes : 
• Augmenter ses ventes 
• Digitaliser ses achats 
• Gérer ses coûts et sa facturation 
• Partager ses bonnes pratiques 
• Rebondir face à la crise
 

Amazon Prime ou Amazon prime ?


Et les tables rondes furent à l’aune : « Osez accélérer votre croissance grâce au numérique », « Améliorez la visibilité de vos produits et boostez vos ventes grâce aux publicités sponsorisées » et ainsi de suite. N’oublions pas qu’en 2019, Amazon disposait de 13 % de parts de marché sur la publicité online d’après eMarketer. Et les perspectives de croissance sont belles, puisque ce sont 16 % que l’entreprise obtiendrait en 2021…
 
Par ailleurs, Amazon Business était surexposé, de même que le programme Amazon 360 ou encore le Cloud – Amazon Web Service a réalisé 40 milliards $ de revenus pour 2019 sur ce segment d’informatique dans le nuage. Et bien entendu, cette fameuse marketplace qui serait au service des petites entreprises – et dont les données exploitées par la firme font l’objet d’une enquête parlementaire aux États-Unis…

Bref, la BPI, organe bancaire national, s’associe avec l’acteur américain probablement le moins recommandable, mais le plus compétent. La peste soit des GAFA...?

Ironie du sort. Quelques jours plus tôt, devant le ministère de l’Économie et des Finances, une manifestation organisée par Amis de la Terre, ANV-COP 21 et d’Attac, tentait justement de sensibiliser — avant de se faire expulser — aux risques que représente la firme

Au cours de ce rassemblement et dans ses tracts, Attac France accusait Emmanuel Macron, les députés et les ministres de mener une politique économiquement pro-Amazon au détriment des commerces, de l’emploi et du climat. L’association pointait en particulier l’évasion fiscale, spécialité de la société, qui entrainerait une concurrence déloyale. S’il était besoin de preuves…




Commentaires
« une position hégémonique globale »

Elle est mondiale l'hégémonie...

« « C’est très important, aujourd’hui, d’avoir un service gratuit, un accompagnement pour se digitaliser. »

Pour se digitaliser, il faut être assez souple, mais c'est accessible à la majorité des humains, sauf les manchots. Évidemment avoir une aide pour se faire est plus aisée, mais à ce moment-là, on se fait digitaliser (avec ou sans vaseline) : on ne se digitalise pas tout seul.

Mais chacun fait comme il veut !

Le monde du numérique est en tout cas divertissant. Un peu pathétique, mais les acteurs font les clowns à merveille. À la place des intermittents du spectacle, je m'inquiéterais...
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.