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Horrifiées par le projet de loi des bibliothèques du Missouri, les institutions se mobilisent

Camille Cado - 20.01.2020

Edition - Bibliothèques - bibliothèques publiques Missouri - censure livres enfant - projet de loi Missouri


Début janvier, un projet de loi a été déposé dans l’État du Missouri (États-Unis) afin de légaliser l’interdiction de certains livres considérés comme « matériels sexuels inappropriés » dans les bibliothèques publiques de la région. Si certains établissements approuvent l’objet de cette législation au nom de la protection des enfants, d’autres s’en alarment. Face à ce qu’ils caractérisent comme une « intention de censure », de nombreuses organisations se mobilisent. 
 
Photo d'illustration : Jarmoluk, pixabay license


Pour rappel, cette proposition s’inscrit dans le projet sur la Surveillance parentale des bibliothèques publiques, ou projet de loi n° 244, déposé ce 8 janvier par le représentant de l’État du Missouri, le républicain Ben Baker. Le texte entend déplacer le « matériel sexuel inapproprié » des étagères des bibliothèques pour « une autre section n’étant pas destinée aux enfants ». 

Pour l’évaluation du potentiel caractère licencieux des livres, la législation envisage aussi la mise en place d’un conseil, composé de cinq membres élus lors d’une assemblée municipale. Une proposition qui a mis le feu aux poudres, d’autant que les bibliothécaires qui refuseraient de se conformer à la loi seraient passibles d’une amende de 500 $ ou d'une peine d’emprisonnement pouvait s'étendre jusqu’à un an. 

Face à de telles propositions, de nombreux établissements et associations s’étaient indignés. Notamment les bibliothèques. Carrie Cline, directrice de la bibliothèque du comté de Neosho Newton, affirmait à ce titre que le choix d’un contenu approprié devait se faire entre l’enfant et les parents. 

« Je pense que si les enfants optent pour quelque chose d’inapproprié, quelle qu’en soit la raison, cela constitue un grand moment d’apprentissage entre eux et leurs parents. Pour que ces derniers expliquent en quoi eux pensent que ce choix ne convient pas, avant de le redéposer. » 

Mais aussi l’association des bibliothèques du Missouri et PEN America, qui s’étaient fermement opposés à un tel projet de loi. Depuis, d’autres institutions se sont mobilisées. « J’ai été contacté par mes collègues à travers l’État. Ils sont tous très très contrariés. L’Association des bibliothèques du Missouri en est très consciente, tout comme l’American Library Association », explique aujourd’hui Carrie Cline.
 
Un projet de loi “inconstitutionnel” 

De plus, l’association des bibliothèques du Missouri travaille en étroite collaboration avec le Bureau de la liberté intellectuelle de l’American Library Association ainsi que le Chapter Relations Office pour mettre à mal le projet de loi, affirme sa présidente Cynthia Dudenhoffer.

« Selon Baker, la législation ne se concentre pas sur la censure des ouvrages, mais plutôt sur l’interdiction de programmes comme la lecture faite pas des Dragqueens. Mais voilà, le projet de loi ne mentionne que les livres » poursuit-elle. « Le projet de loi, tel qu’il est rédigé, comporte plusieurs éléments qui, à notre avis, seront jugés inconstitutionnels. Nous mettons tout en œuvre pour rédiger un plaidoyer qui pourra l’arrêter. »

« Le Missouri House Bill 2044 propose clairement des politiques et des procédures qui menacent la liberté des utilisateurs de bibliothèques de lire, et violent notre engagement profond envers la liberté intellectuelle des familles et des individus, tel qu’exprimé dans la Charte des droits de la bibliothèque de l’ALA », déclare à son tour Deborah Caldwell-Stone, président de la Freedom to Read Foundation, partenaire de American Library Association.

« Nous soutenons le droit des familles et des individus de choisir des ouvrages parmi un large éventail. Les bibliothèques publiques ont déjà mis en place des procédures qui aident les parents à sélectionner le matériel qui correspond au mieux aux besoins de leur famille, sans censurer le matériel ni porter atteinte aux droits des individus de choisir les livres qu’ils veulent. »

La Coalition nationale contre la censure (NCAC), qui regroupe près de 50 organisations américaines et qui entend défendre la liberté de pensée et d’expression, s’est également jointe à la cause pour « s’opposer à ce projet de loi dans le Missouri qui menace la liberté de lire dans les bibliothèques publiques de l’État. »

« Le NCAC continuera de soutenir l’American Library Association et la Missouri Library Association dans la protection des droits des Missouriens de lire librement, d’accéder à l’information et d’explorer des idées », déclare-t-elle dans un communiqué
 
“Un abus de pouvoir” 

EveryLibrary, seul comité national d’action politique pour les bibliothèques des États-Unis, a également souhaité apporter son soutien. Son fondateur John Chrastka et son PDG Patrick Sweeney ont lancé une pétition pour « lutter contre cet abus de pouvoir ».

« Nous nous opposons à une amende infligée aux bibliothécaires — ou à leur envoi en prison — pour avoir fait leur travail », peut-on lire sur le document. Rappelant que les ouvrages des bibliothèques sont déjà examinés par des professionnels spécialement formés : les bibliothécaires . « Ils sélectionnent des documents adaptés à leur âge sur la base d’un large éventail de directives. Les utilisateurs de la bibliothèque peuvent également déjà contester le placement de documents dans une bibliothèque par le biais d’un processus de réexamen

« Nous sommes profondément préoccupés par l’idée de jeter des bibliothécaires en prison ou de leur mettre une amende si un enfant a accès à quelque chose qu’un jury quasi gouvernemental juge “inapproprié” » souligne Chrastka. « C’est un mauvais projet de loi, manifestement inconstitutionnel. »
 

La pétition s’appuie également sur un autre argument : le coût que représente l’application d’une telle loi. « Pour héberger un détenu en prison pendant un an, cela coûte environ 31.000 $. De plus, la législation envisage d’organiser pour chaque bibliothèque de l’Etat, une élection par un comité d’examen financé par des fonds publics. Est-ce ainsi que nous voulons voir nos impôts dépensés ? »


via BookRiot


Commentaires
Où est le problème ? La proposition réglementaire est plutôt mesurée, elle s'apparente au classement des films avec des interdictions jusqu'à 12, 16 et 18 ans.



L'idée qu'être exposé très jeune à n'importe quel contenu soit bénéfique est évidemment fausse, navrante, et extrémiste. Elle méconnaît manifestement ce qui se publie.
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