Covid : au ministère de la Culture, on critique la “désorganisation du travail”

Antoine Oury - 25.11.2020

Edition - Société - ministere culture covid - covid organisation travail - reforme ministere culture


Rien ne va plus rue de Valois : le deuxième confinement, bientôt allégé, n'aura pas suffi au ministère de la Culture pour proposer une organisation du travail qui tienne la route, dénoncent plusieurs syndicats. Un dialogue social difficile et l'attitude de Roselyne Bachelot-Narquin n'ont pas facilité le confinement. D'autant que le ministère persiste dans une réforme administrative qui interroge en temps de pandémie – quand elle n'inquiète pas franchement...

ministère de la culture - Paris


La crise sanitaire liée au Covid-19 et le deuxième confinement, ordonné en France à partir du 28 octobre, ont forcé les employés, agents de la fonction publique et plus largement tous les travailleurs à s'adapter, suivant les directives gouvernementales. Les administrations n'ont pas fait exception, notamment le ministère de la Culture, de même que les services rattachés, les opérateurs ou encore les services déconcentrés comme les Directions régionales des Affaires culturelles.

Cette nouvelle organisation du travail, en partie dictée par la pandémie, n'a pas convaincu l'intersyndicale des agents du ministère de la Culture, qui dénonce « le virage autoritaire et brutal que prend le dialogue social » rue de Valois, à l'issue d'un comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) du début du mois de novembre.
 

Une réelle inégalité entre les agents”


Pour les agents de la fonction publique, ce deuxième confinement sera bien différent du premier. Les consignes gouvernementales sont claires : il s'agit cette fois d'éviter au maximum les ASA (Autorisations Spéciales d'Absence) et de maintenir le fonctionnement du service public. Pour ce faire, un recours massif au télétravail, lorsque cela est possible, et des agents « en présentiel » pour les missions non télétravaillables. Les mesures sanitaires sont appliquées, bien sûr, et des dérogations accordées pour les personnes à risque et les cas contacts.

Ce principe en apparence simple aboutit rapidement, selon les syndicats d'agents, à une « réelle inégalité entre les agents », voire « à des absurdités, avec une application sans nuances ». « Dans certains établissements du ministère de la Culture, fermés au public, des agents sont contraints de venir, car leurs missions ne sont pas télétravaillables, mais il n'y a aucune tâche à leur confier », rapporte le syndicat CFDT.

Pour d'autres agents, la fourniture de matériel fait défaut : « Certains pourraient télétravailler, mais un gros retard dans la fourniture de matériel informatique en a contraint beaucoup à se déplacer », décrit Sud Culture. « À ceux-là, l'administration a bien fait comprendre qu'il fallait être “en présentiel”. » L'inégalité entre les agents se remarque aussi d'un établissement public à l'autre, malgré des directives communes établies par l'administration centrale.

« Chaque établissement public est un cas particulier, finalement, et ce qui devait être la règle pour tous devient l'exception », déplore un interlocuteur. Selon les directions, les équipements disponibles, les missions ou encore les moyens à disposition, le sort réservé aux agents du ministère de la Culture varie ainsi considérablement. En témoigne la situation à la Bibliothèque nationale de France, où la direction a décidé de devancer la réouverture des bibliothèques, prévue pour le 28 novembre, de quelques jours, ce mardi 24 novembre. 

« Notre grande demande concernait les Plans de Continuité d'Activité (PCA), que l'on souhaitait réactiver », indique la CFDT. « Le problème, c'est que nous n'avons eu aucun échange, aucune proposition d'organisation des services pendant la période, qui aurait permis de déterminer quelles tâches étaient indispensables, pouvaient être faites ou non. L'inquiétude et les difficultés des agents pour se projeter dans l'avenir sont très importantes. »

L'attitude de la ministre Roselyne Bachelot-Narquin a été directement pointée du doigt par l'intersyndicale, qui dénonce « le virage autoritaire et brutal que prend le dialogue social au ministère de la Culture » et décrit le « mépris de la ministre et du secrétaire général à l’égard des personnels et de leurs représentants », dans un communiqué commun.
 

Une nouvelle réforme “de technocrates”


Dans ce contexte très particulier, auquel s'ajoute un arrêt quasi total de l'activité culturelle, le ministère de la Culture a choisi de persister dans la réforme administrative, lancée il y a un peu plus d'un an. Celle-ci doit aboutir sur une réorganisation de l'administration centrale, rue de Valois, appliquée dès le 1er janvier 2021. 

« La ministre se targue de dire qu'elle ne concernera que 80 agents, qui vont avoir un autre responsable hiérarchique, mais le fonctionnement global du ministère et des services déconcentrés va changer », dénonce le syndicat CFDT Culture. Le but déclaré de cette réforme serait de mutualiser certaines fonctions au ministère, auparavant dévolues aux directions générales (au nombre de 3 : patrimoines, création artistique, médias et industries culturelles), pour les transférer au secrétariat général et à sa nouvelle délégation à la transmission des savoirs et à la démocratisation culturelle.
 
Les organisations syndicales avaient demandé le report de la réforme, et la suspension des réunions la concernant le temps de la pandémie : la CFDT Culture décrit des discussions « menées à marche forcée, avec un calendrier tendu, plusieurs réunions par jour et des documents qui arrivent la veille pour le lendemain. Il est difficile de s'organiser dans ces conditions, d'avoir un regard informé et pertinent. »

« Nous pensons qu'il n'y a pas d'urgence folle à réorganiser le ministère, ce n'est pas quelque chose que les Français attendent avec impatience », estime Sud Culture. En aparté, un agent lâche même que ce projet de « technocrates du ministère n'est pas étonnant, et survient régulièrement ». Même si la finalité de la réorganisation ne serait pas la maîtrise des effectifs, une mutualisation des fonctions pourrait impliquer la réduction des ETP, équivalent temps plein, au ministère...

Nous avons contacté les services du ministère pour obtenir des commentaires et réponses, sans résultat.


Photographie : devant le ministère de la Culture (illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Commentaires
Autant une politique culturelle, pour lutter contre l'américanisation de notre culture et sauver ce qu'il en reste me parait indispensable, autant je suis dubitatif sur la nécessité d'un ministère de la culture quand on regarde le résultat.

C'est un énième machin d'État, avec tous ses travers et ses inefficacités.
Donc vous êtes pour une politique culturelle volontariste menée par l'Etat, mais contre la structure qui permet de l'organiser et de la faire fonctionner ? Que proposez-vous donc ? Un enchanteur national préposé à la culture ? En l'absence de Gandalf ou d'Hauru, une structure est indispensable pour organiser ce type de travail. Comment l'organiser, c'est une autre affaire, mais remettre en cause le principe même de ce ministère me semble une fausse bonne idée.
Il n'est nullement besoin d'un ministère pour organiser des lois qui favorisent la culture locale. Il suffit de flics pour les faire respecter.

Que fait le ministère de la culture ? Il n'est même pas capable de s'occuper des auteurs, est à la botte des (gros) éditeurs et emploie une légion de fonctionnaire dont on n'arrive pas à déterminer le rôle (du moins, dans l'efficacité... parce que pour l'inefficacité).
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