Alison Lurie, ou la satire des moeurs sociales et sexuelles de l'Amérique

Nicolas Gary - 05.12.2020

Edition - International - Alison Lurie décès - romancière Amérique moeurs - Amérique critique satire


Traduite en France chez Rivages, la romancière Alison Lurie est décédée à l’âge de 94 ans. Elle avait remporté le prix Pulitzer en 1985 pour son livre Foreign Affairs (Liaisons étrangères, trad. Sophie Mayoux), une histoire à l’image de son œuvre : des contes tout à la fois satiriques, cérébraux et baignant dans une ambiance de comédie romantique.


 

Le New York Times la considère comme l’une des romancières les plus douées et les plus spirituelles. Ses comédies de mœurs ont croqué l’Amérique à partir de 1974, publication de The War Between the Tates. Elle aura fait paraître 11 ouvrages durant sa carrière, ayant commencé sa carrière, expliquait-elle, avec dans l’idée d’amuser ses lecteurs. 

« Inventer des histoires était amusant. Avec un crayon et du papier, je pouvais reviser le monde. Je déplaçais des montagnes, je volais au-dessus de Westchester de nuit dans un panier à vêtement ailé… je pouvais invoquer un dragon laitier à taches brunes et blanches, pour manger la voisine qui avait dit, à ma sœur et moi, de ne pas traverser son champ ni déranger ses vaches », raconta-t-elle. 

Elle fut souvent rapprochée de Jane Austen, avec un bon siècle de différence, dans son approche critique : le mariage, la société, la révolte des enfants… Elle reconnaissait que ses parents, libéraux et socialistes, lui avaient donné accès à ses ouvrages, ainsi qu’à nombre d’autres d’auteurs britanniques. Et ce, parce qu’il n’existait pas beaucoup de modèles de romancières américaines, avait-elle raconté en 1985. 
 
Probablement faut-il chercher là le succès qu’elle rencontra également en Grande-Bretagne. Elle revendiquait d’ailleurs, outre Jane Austen, Edith Wharton et Anthony Powell comme des influences directes sur son écriture. 

Elle ira jusqu’à interpréter la guerre du Vietnam comme une métaphore de la crise conjugale. Peut-être parce que son propre mari tenta de la dissuader d’abandonner l’idée d’une carrière d’auteure, pour profiter du temps avec sa propre famille.

Jonathan Bishop, fils du poète John Bishop Peale, fera long feu : mariée en 1948, Alison Lurie divorce quelques années plus tard, peu après la parution de The War Between the Tates. Elle se remaria avec Edward Hower, auteur et professeur de littérature à Cornell, plus raccord avec ses propres ambitions. 



 
Alison Lurie rejeta toujours l’idée d’une inspiration autobiographique dans ses livres, revendiquant à la place la retranscription de l’expérience qu’elle faisait des autres, des lieux et des situations… ou du malheur dans le mariage. 

Son style est particulièrement apprécié pour la qualité des dialogues, où le langage reflète parfaitement ses protagonistes, leurs pensées, leur appartenance ou leur métier. Et souvent le tout ensemble. 

Bien qu’elle n’ait jamais pris une position morale, ses ouvrages sont loin d’être moralement neutres : ils présentent un bilan mordant des mœurs tant sociales que sexuelles de l’Amérique dans les années 60, explorant plusieurs pans de la société. 


Commentaires
Si on connait souvent mieux Anne Sylvestre pour ses Fabulettes que pour son répertoire pour adultes, pour Alison Lurie, c'est un peu le contraire. Et pourtant. À l'université Cornel, elle enseignera la littérature pour enfants, sujet considéré encore, à la fin des années 1960, comme peu prestigieux. Elle sera l'un des rédacteurs de la série "Classics of children's literature 1621-1932", collection de 117 titres en 73 volumes que publiera Garland Publishing entre 1976 et 1978. Elle publiera deux recueils d'essais, Not in Front of the Grown-Ups : subversive children's literature, en 1990, et Boys and Girls Forever : children's classics from Cinderella to Harry Potter, en 2003. Dans le premier livre, traduit en France par Monique Chassagnol, sous le titre Ne le dites pas aux grands (1991), elle développe que les personnages tels que Winnie l'Ourson, Tom Sawyer, Alice et Peter Pan doivent leur succès en grande partie au fait que les ouvrages dont ils sont les protagonistes font la satire de la société adulte et de ses conventions. Dans le second livre, traduit par Emmanuelle Fletcher, sous le titre Il était une fois… et pour toujours (2003), elle s'intéresse à Babar, aux quatre filles du docteur March, au magicien d'Oz, à Harry Potter et à quelques autres, dévoilant le caractère subversif d'œuvres qu'on pourraient croire de simple divertissement. Elle rend aussi hommage à Carlo Collodi et à son Pinocchio, présente la série "Moumine le Troll" de Tove Jansson ainsi que le très américain Dr Seuss. Auteur du texte de plusieurs albums, son Fabulous beasts (Des animaux extraordinaires) que l'illustratrice allemande Monika Beisner a mis en images reçoit, en 1982, une mention au Prix graphique de la Foire du livre de jeunesse de Bologne.
Merci Andrée Delobel pour se complément de biographie.
Moi aussi je tiens à remercier Andrée Delobel pour cette mise au point très étayée.

Car les livres d’études sur certains grands textes dit «  pour enfants » ecrits par Alison Lurie ( je ne connais qu eceux traduits en français) sont extrêmement éclairants et intelligents .

Merci donc de les rappeler .
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