Richesse oblige : la mordante héritière, le style en plus

Mimiche - 24.11.2020

Livre - Hannelore Cayre - Richesse oblige - Metailie


THRILLER FRANCOPHONE - Ce matin-là, dans les allées du cimetière du Trocadéro, Blanche de Rigny et sa fille Juliette se pressaient pour atteindre le caveau familial où, après l'annonce qu'elle avait passée dans le Figaro, de nombreux inconnues et inconnus, qui ne jugèrent pas opportun ni nécessaire de les saluer toutes les deux, attendaient patiemment la cérémonie de mise en terre de Tata Yvonne, une vieille femme plus que centenaire qui, en mourant à la suite de cinq autres ultimes représentants des différentes lignées des de Rigny, avait fait remonter la côte de Blanche en pole position pour devenir l'unique héritière d'une colossale fortune familiale.
 
 
 
 
Pourtant, Blanche, bretonne issue de bretons, n'avait eu que récemment des relations avec Tata Yvonne car la branche dominante, sinon conquérante, de la famille de Rigny dont cette dernière avait épousé un rejeton, avait largement ignoré sinon méprisé la dernière représentante qu’était Blanche de l'autre branche un peu (beaucoup) dans la dèche ! Mais Tata Yvonne, lâchement abandonnée par les siens qui tombaient comme des mouches, n'avait pas rejeté cette sollicitude venue combler le grand vide soudain, autour de ses vieux jours.
 
Alors, Blanche n'avait que faire des regards offusqués ou condescendants de tous ces gens regroupés autour du cercueil, qui lui faisaient clairement entendre qu'un monde les séparait : la mort de Tata Yvonne ne changeait certes rien à ses goûts vestimentaires un peu cuistres, mais la plaçait subitement dans une situation financière qui n'avait rien à envier, bien au contraire, à celle de ces « vioques venus célébrer la procrastination à mourir d'une de leurs idoles » !
 
Tout cela parce que, dans les années 1870, Auguste, l'ancêtre de Blanche, avait tiré un mauvais numéro lors du tirage au sort organisé par les autorités militaires en vue de la conscription des futurs soldats de l'armée du pays. Mauvais pas dont son père Casimir l'avait tiré en réussissant, malgré d'infinies difficultés, à lui trouver un remplaçant comme la loi l'y autorisait. Et ce, contre l'avis d'Auguste dont les idées modernes et sociales ne se satisfaisaient pas d'une pensée bourgeoise selon laquelle « qu'un pauvre meure à la place d'un riche était perçu comme la juste expression d'un ordre cosmique ».
 
Ce cher Auguste dont les idées conduisaient finalement, plusieurs générations plus tard, à ce revirement inouï de la situation de Blanche qui nous en raconte toute l'histoire.
 
 
 
Voilà déjà quelques temps que j'avais eu des échos de lecteurs familiaux enchantés d'abord de la lecture de La Daronne puis, aujourd'hui, de Richesse Oblige par la même Hannelore Cayre. J'ai plongé à mon tour et je ne l'ai regretté à aucun instant au cours de la lecture de cet ouvrage assez jubilatoire, je dois l'avouer !
 
D'abord le style. Enlevé, hyperactif et particulièrement entraînant comme un vrai morceau de musique endiablée !
 
Ensuite, le style. Qui passe d'une (re)tenue très XIXème à une liberté très XXIème et ne manque pas de piment ! Et qui critique vertement les travers des uns et des autres avec un humour corrosif bien senti, bien pesé et toujours dans le rythme du moment.
 
Enfin, le style. Qui transforme un roman en une sorte d'enquête généalogique quasi policière et décortique un arbre de descendance compliqué, ce qui n'a pas manqué de titiller ma passion personnelle pour l'identification des ancêtres familiaux parfois bloquée par des mentions du type « père et mère inconnus » qui laissent ouverts tous les champs des possibles. Alors que la blague « de père inconnu et de mère trop connue » (…) ne manque pas d'(im)pertinence en l'espèce !
 
Voilà donc un roman enjoué qui respire l'indiscipline, qui ne recule devant aucun bon mot pas plus que devant aucune vérité assénée avec beaucoup d'aplomb et de justesse, notamment quand il s'agit d'égratigner, ici ou là, un peu tout le monde et toutes les habitudes du monde, sans en avoir l'air !
 
Le yoyo temporel que le lecteur se voit contraint de faire dans le déroulé du récit permet à l'autrice de ne dévoiler que par petites touches le fin mot de son histoire comme elle le ferait avec une enquête policière. D'ailleurs, le nombre de décès, prématurés ou normaux, qui émaillent le texte n'a rien à envier à ce qui se fait de plus efficace dans les meilleurs polars.
 
Mais là, on est embarqué dans le rythme joyeux qui est la philosophie de vie de la protagoniste principale, laquelle semble dire à tous « ne prenez pas la vie trop au sérieux, de toutes façons, vous n'en sortirez pas vivants » ! Ce que les nombreux allers simples au cimetière confirment !... Du coup, rien ne la désarçonne. La jubilation fait partie du récit.
 
Et c'est certainement aussi celle d'Hannelore Cayre dont on peut sans peine imaginer les sourires et les rires qui n'ont pas manqué d’apparaître dans ses yeux au fur et à mesure de l'écriture de cet ouvrage qui m'a donné à passer quelques moments de lecture particulièrement plaisants.


Hannelore Cayre – Richesse oblige – Métailié – 9791022610216 – 18 €


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