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Retour de Iasi (Roumanie) : la ville où la langue française est si aimée

Les ensablés - 21.10.2011

Livre


Chers lecteurs, Peut-être êtes-vous curieux de savoir comment s'est déroulé mon voyage à Iasi, ville de 350.000 habitants, située à 20 km de la frontière moldave. Y aller nécessite de Paris environ 7 heures de voyage, dont une pause à Bucarest, avant de reprendre l'avion, un bimoteur de 50 places environ, qui vous dépose à l'aéroport de Iasi, pas plus grand qu'une petite gare de la SNCF, situé au milieu, semble-t-il de la forêt. J'y arrivai vers 11 heures, vaguement inquiet à l'idée de n'y trouver personne pour m'attendre. Mais, à l'entrée, un homme qui ressemblait étrangement à Romain Gary, avec sa barbe grise et ses yeux bleus, portait une pancarte avec mon nom. La voiture s'enfonça dans la forêt. La nuit était brumeuse, les phrases éclairaient une route bien tracée, humide. Il faisait froid. Le chauffeur s'appelait Dani Badac et parlait français. Il m'annonça que Iasi, le vendredi suivant, accueillerait un des plus grands pèlerinages orthodoxes de Roumanie. Puis, comme nous arrivions en ville, la voiture remonta un vaste et long boulevard, enlaidi à certains endroits par d'affreuses tours HLM qui m'ont rappelé celles qui précèdent Prague ou Belgrade, reliquats de la période communiste. Mais j'aime ce mélange entre l'ancien et le nouveau, ou plutôt cet "ancien nouveau", et ce froid aussi, dans les rues désertes. Je regardais, ému, Iasi, dont l'idée qu'elle se situât aux confins de l'Europe m'exaltait. La ville s'étend sur sept collines, "comme Rome" disent fièrement les habitants. Mon hôtel se situait sur l'une d'elle, je ne saurais plus vous dire où, exactement, mais l'endroit respirait une certaine aisance, avec ces rues bordées de villas cossues, datant du 19ème siècle, début du vingtième. Elles n'ont pas d'étages, s'étalent largement, fenêtres plein cintre, à fleur de murs, murs pastel, rose, jaune. Devant des jardins parfois abandonnés. On m'arrêta devant mon hôtel dont le nom, appris le matin même, m'inquiétait "Ambiance city", soit un bâtiment jaune, des années 80; carrelages de salle de bain, ameublement sans âme, sentant le produit d'entretien. Finalement, la chambre était vaste, et cela ressemblait à un Hilton, le prix en moins. J'avais un balcon qui donnait sur les villas. Au loin, le picotement des lumières des autres collines. Silence. Silence interrompu par les hurlements de chiens qui passaient dans la rue, et se battaient parfois. Beaucoup de chiens vivent en meute à Iasi, comme autrefois à Bucarest. Je les ai vus qui paressaient sur les pelouses des facultés. J'ai mis du temps à m'endormir, excité à l'idée du lendemain où je rencontrerais tant de gens, des lycéens, des étudiants, des professeurs Le lendemain, à neuf heures, un homme jeune, mince, légèrement moustachu, est venu me chercher: Dan Daia, du Centre Culturel Français (photo ci-contre), organisateur du festival du premier roman à Iasi. Il m'a souri et m'a emmené dans une cafétaria située dans les sous-sols d'un bâtiment universitaire, jadis un palais, massif, assez allemand dans sa robustesse qui m'a fait songer au palais universitaire de Strasbourg. Et là, ayant traversé une belle bibliothèque, nous nous sommes assis dans des fauteuils confortables. A côté de nous, des étudiants, et nous avons parlé assez longtemps, en français, bien sûr. Mais par-delà le français, nous étions de la même langue: la littérature nous tenait tous les deux. Il m'a raconté que Weyergans, le tout nouvel académicien, est venu passer quelques jours ici, à Iasi, Homme charmant, selon Dan, et qui se serait bien vu acheter une maison dans la belle campagne de Iasi et de Bukovine, loin, loin de tout, pour écrire. Et moi aussi, je me verrais bien dans ce pays, dans cette ville vénérable de Iasi où, je l'ai tout de suite senti, règne un climat studieux, passionné, littéraire. Savez-vous qu'il existe au moins 30 revues littéraires en Roumanie, dont quelques-unes viennent de Iasi; que les deux grandes maisons d'édition roumaine y ont leur siège? Iasi où les poètes ont vécu, écrit, mangé du "tochitura" et bu, bien sûr, les alcools de prune de la région au restaurant Bolta Rece. Savez vous que, si loin de nous, des centaines et des centaines de Roumains parlent notre langue, n'ayant rarement vu de vrais Français de leur vie, à tel point qu'une jeune fille, élève de 1ère, est venue me voir et m'a dit: "Vous êtes le premier natif que je vois". J'ai rencontré aussi Simona Modreanu, directrice du département français de l'Université Alexandru Cuza, auteur d'essais sur Cioran publiés en France, passionnée de littérature française contemporaine, directrice, enfin, des éditions Junimea. Femme charmante, vive et si simple, avec qui, autour d'un café, j'ai parlé et parlé encore de littérature... Et Dan Lungu, l'écrivain roumain vivant le plus traduit au monde, homme simple, sociologue, qui m'a fait l'honneur de parler de "La Nuit du Vojd" à la radio. Et une professeur de français dont, hélas, j'ai oublié le nom, et qui, depuis des années, lit et relit Marcel Proust. Et tous ces élèves, étudiants, lycéens, que le français passionne, et qui parlaient avec moi de Madame Bovary. Les interventions que j'ai pu faire m'ont montré que le thème de mon livre les intéressaient particulièrement. Ayant vécu dans l'idée que le totalitarisme était avant tout politique, ils découvrent qu'il peut se loger dans l'entreprise. Nous en avons parlé longuement. Mais pas seulement. Par eux, je voyais une certaine idée de la France qui perdure, et dont nous ne sommes  souvent pas dignes. Notre histoire à nous est si grande, notre culture si écrasante, que je me fais parfois l'effet d'être habillé d'un vêtement trop grand pour moi. Ils aiment notre langue plus que nous, nous qui, jour après jour, ne cessons de la défigurer. J'ai fait tout, durant ce séjour, pour être digne de ce qu'ils imaginent d'un Français. Pour combien de temps, encore, la langue française, épaulée par le Centre Culturel Français de Iasi et son patron M. Queiros, avec aussi peu de moyens, pourra-t-elle avoir ce rayonnement que j'ai constaté? Ils font un travail formidable. Dan, Cristina, Elena, spécialiste de la littérature française du XVIIIème, Olivier Dumas, auteur avec sa femme d'une monumentale histoire de Iasi et de ses rapports avec la France (cliquer ici) et tous les autres. Déjà, à Bucarest, le français est en déclin. A l'aéroport, nulle inscription en français, mais de l'anglais et de l'italien... Allons, profitons du présent. Ne nous décourageons pas, il y a encore de la ressource. Merci encore à vous tous qui m'avez si bien accueilli et que j'espère revoir là-bas.  


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