Paris-Brest, Tanguy Viel

Clément Solym - 04.05.2009

Livre - Paris - Brest - Tanguy


Brest est une ville de la mer.
 

Aussi, quoi de plus naturel pour Marie-Thérèse, une veuve d’un certain âge, que d’y prendre régulièrement un déjeuner au Cercle Marin. Et d’y rencontrer Albert, un vieil habitué, qui finira par en faire sa légataire universelle. Avec dix-huit millions (de francs) à la clef ! Et une femme de ménage ! Qui a un fils ! Qui a été copain avec le petit fils de Marie-Thérèse. Dont la mère (la fille de Marie-Thérèse) fréquentait les cercles huppés brestois jusqu’au jour où, du fait de la disparition de quatorze millions (de francs) dans le club de football dont son mari était vice-président, il a été plus sage d’aller changer d’air à l’autre bout de la France !

 
 

Cela suffit ! Il n’est pas nécessaire d’en dire plus pour dresser le tableau. Peut-être certains trouveront même que j’en ai trop dit. Mais au fond, le tableau n’est pas l’essentiel dans ce petit bijou de roman que nous propose Tanguy VIEL.

 

Car ce n’est pas tellement l’histoire de famille (élargie), le huis clos largement ouvert qui fait de ce livre un vrai plaisir de lecture. C’est le ton ! C’est la forme ! C’est l’ambiance ! C’est la manière de décortiquer les gens, les scènes, les évènements. Puis de les distiller tranquillement, au compte-gouttes, sans avoir l’air d’y prendre garde. Mais avec une maîtrise accomplie !

 

Ne vous y fiez pas ! Quand il vous dit qu’il abordera tel ou tel sujet un peu plus loin ou bien quand il conviendra, car ce n’est pas encore le moment, alors c’est qu’il ne va pas tarder à vous asséner une catastrophe rendue anodine par le phrasé, mais qui n’en jette pas moins un froid, bien long à se réchauffer, dans l’ambiance générale.

 

Non, ce n’est pas une banale histoire de famille de plus. En tout cas, Tanguy VIEL en fait quelque chose de bien plus fort à cause des non-dits qui transpirent, des horreurs égrenées l’air de rien, qui empuantissent l’ambiance, rongent les gens et les relations qu’ils entretiennent.

 

Paris-Brest, c’est Brest et c’est Paris. C’est un gâteau et c’est un train. Ce sont deux villes et deux vies. Il n’y a pas beaucoup de douceur pâtissière dans le propos. Il y a plutôt de l’amertume et de la rancœur. Une rancœur froide comme les rails du chemin de fer. De nombreuses rancœurs qui sont, en un sens, le lien entre tous les personnages. Des rancœurs qui tissent une toile de l’un à l’autre et dans laquelle tous s’empêtrent. Comme on s’empêtrerait dans l’épaisseur des brumes bretonnes, qui cachent et révèlent l’horizon à leur gré.

 
Je ne ferai pas dans la demi-mesure. Par certains côtés, j’ai relu, retrouvé, re-senti l’ambiance corrosive qu’Hervé Bazin avait lui aussi instillée entre les pages de Vipère au Poing. Il y a les mêmes relations impossibles. Il y a les mêmes échappatoires. Il y a aussi une écriture nouvelle, différente qui n’a certes pas à rougir de son originalité et de sa vivacité.
 

Ne boudez pas votre plaisir ! N’hésitez plus ! Ouvrez ce livre, vous ne le lâcherez qu’une fois tournée la dernière page. À mon humble avis, il devrait être un candidat sérieux parmi tous ceux qui ont été sélectionnés pour concourir au Prix du Livre Inter 2009.


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