Nous avons les mains rouges, quand les sans-mots versent le sang

Auteur invité - 20.10.2020

Livre - Nous avons les mains rouges - Jean Mekert - Joelle Losfeld


ROMAN FRANCOPHONE - Lire les romans noirs de Jean Meckert, ou Jean Amila – le plus illustre de ses pseudonymes –, ça bouscule, ça dézingue. Souvent classé à tort comme auteur de romans « populistes », Jean Meckert cherchera, des années 1940 aux années 1980, à faire entendre la voix des « sans-mots », et leur colère face à l’incommunicabilité. Avec une gouaille sans pareille, celle du langage parlé de ses pairs, les ouvriers, les hommes des petits boulots. Les éditions Joëlle Losfeld rééditent depuis 2005 les introuvables de Jean Meckert.

 


 Inspirée de la propre expérience de l’auteur dans le maquis, l’histoire de Laurent se situe dans l’immédiat après-guerre, en 1946, dans un village des Alpes. Il se trouve malgré lui embrigadé par quelques anciens maquisards qui continuent l’épuration. Ils ne peuvent accepter cette « liberté » que la victoire leur a annoncée, mais qui ne sert que les puissants, « cette goule, cette tromperie, cette farce habillée par les poètes malins ».
 
Le lecteur est d’abord choqué, celui qui n’a pas connu cette époque et qui comprend mal une telle hargne à se venger des collabos. Que va faire Laurent, lui, tout juste sorti de prison, trimballant vaille que vaille son passé ? Participer aux opérations ? Tuer, alors que la guerre devrait être finie ? Peut-il excuser ces actes de terrorisme ? Que répondre à Hélène, la fille du chef de groupe, protestante pratiquante, quand elle lui cite la Bible : « Que le juste lave ses pieds dans le sang du méchant » ?
 
« Laurent se demanda un moment en quoi cette doctrine différait du fascisme contre lequel elle semblait avoir combattu. » Laurent aura, comme les autres, les mains rouges, rouges de sang. Et moi, lectrice, je l’accompagne, j’essaie de me situer. Ce roman me plonge dans un contexte historique et social, et je m’interroge. Les questions de Laurent deviennent les miennes, elles sont au coeur du roman.
 
Quelles sont les forces de ces combattants, d’origines très diverses, dont les contradictions les mènent à une mort « pour rien » ? Dix ans après l’écriture de ce roman, je naissais, à l’époque de la guerre d’Algérie, et j’allais plus tard entendre parler de Lotta Continua en Italie.

Jean Meckert ne juge pas, il t’attrape par le paletot et tu es priée de t’exprimer.


 
Danielle Beauguion, libraire
Vent de Soleil (Auray)

 

 


 
Jean Meckert - Œuvres vol. 7, Nous avons les mains rouges – Joelle Losfeld – 9782072870477 – 12.80 €


Commentaires
Sujet original qui change des sempiternels thèmes à la mode dont nous abreuvent l'édition...

Bravo !
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