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Le trappeur anglais devenu Indien : une vie d'“ambassadeur des bêtes”

Mimiche - 17.06.2020

Livre - ambassadeur des bêtes - Grey Owl - nature protection ecologie


AUTOBIOGRAPHIE - Mystificateur magnifique, Grey Owl, de son vrai nom Archibald Belaney, est tout ce qu'il y a de plus anglais ! Arrivé au Canada dès la fin de son adolescence, il va courir les grands espaces pendant des années, vivant du commerce des fourrures, au contact des peuples premiers qui habitaient ces contrées rudes et inhospitalières (en particulier en hiver !!!...), pour finalement, effacer cette origine anglaise, et exaucer son rêve d'enfant en se transformant lui-même, peu à peu, en autochtone, apprenant et parlant couramment la langue des Ojibways et épousant l'une des leurs.
 
 
C'est d'ailleurs au contact de ces Indiens dont il partage la vie qu'il prend conscience de la relation qui lie l'humain à son milieu naturel et que, au fil des années, il va abandonner sa vie de trappeur pour se consacrer aux animaux sauvages, notamment les castors, dont il deviendra un ardent défenseur. Jusqu'à être nommé par le gouvernement canadien « gardien des animaux » dans le Parc National du Mont Riding au Manitoba puis au Parc National de Prince Albert au Saskatchewan.
 
Il profite de ses fonctions pour observer la nature, lier des relations assez intimes avec les animaux (jusqu'à admettre qu'un couple de castors fasse une extension de sa hutte à l'intérieur même de sa cabane de rondins sur le lac Ajawan !!!...). Et écrire.

Écrire pour diffuser un message précurseur de protection de la faune sauvage et des espaces naturels dans lesquels il convient de leur laisser l'opportunité de vivre tranquillement (même s'il n'hésite pas à sortir encore son fusil pour protéger « ses » castors des lynx, loups ou ours un peu trop entreprenants dans leur comportement de prédateurs naturels...). Cette démarche trouve rapidement un large écho, certainement auréolé de son « origine » indienne et il fait de nombreuses tournées de conférences dans le monde, en Europe (où il sera reçu par la famille royale à Buckingham) et en Amérique du Nord.
 
C'est après l'une de ces tournées qu'il décédera d'une mauvaise infection et que, peu à peu, va se dévoiler la mystification de son origine indienne.
 
Ce qui va malheureusement ternir quelque peu son image, malgré la réalité de son engagement et la pertinence du message dont notre récent confinement n'a fait que pointer largement les effets délétères et les impacts formidables de nos comportements sur le monde du vivant et sur la biodiversité.
 
Il faut absolument oublier ce « pieux » mensonge (après tout, chacun peut avoir des rêves extravagants : le sien ressemble, à s'y méprendre à celui d'un enfant qui ne rêve que d'une chose, faire une réalité de ce rêve !) pour entreprendre cette lecture et emprunter, dans les traces de l'auteur, un itinéraire un peu merveilleux (encore le rêve d'enfant) qui raconte l'histoire d'un renoncement puis d'une sorte de rédemption qu'apporteraient ces animaux, qui lui rendent bien ce qu'il leur donne (et, en aucun cas, il ne saurait être question de dressage car, même s'il distribue, par-ci par-là, des pommes ou autres gâteries à ses petits voisins, jamais ne sont remis en cause ni leur liberté, ni leur autonomie, ni le respect qui découle de ces années « d'apprentissage » auprès des tribus indiennes vivant alors encore en symbiose avec leur milieu).
 
La biographie est largement incomplète et se garde bien, évidemment, d'effleurer le sujet de son changement d'identité.


Elle commence dans l'ambiance rude des coureurs des bois (qui, d'ailleurs, sont autant rameurs des lacs et rivières !) : des parcours harassants sur des plans d'eau balayés par les vents, sur de dangereux rapides, sur des portages invraisemblables qui permettent d 'éviter des obstacles impossibles à la navigation, aux haltes sommaires pour se nourrir ou pour dormir dans l’opulence et le confort qu'on imagine !!!
 
Et puis, après ces années de vie SUR le milieu environnant, c'est l’histoire d'une nouvelle vie DANS celui-ci.
 
Seul au milieu de nulle part, ses seuls voisins sont des personnages à quatre pattes (même si parfois les castors se redressent sur celles de derrière) de taille parfois conséquente (un élan est un voisin encombrant) ou ailés, avec lesquels il entretient des relations étonnantes dont le récit ne peut que faire briller les yeux de l'enfant qui reste encore tapi au fond de nous.
 
Parfois, entre poésie et romantisme, le lecteur pourra s'abandonner à laisser des couchers de soleil magnifiques le bercer de toutes leurs couleurs, à écouter le grondement d'une chute sur une rivière sauvage, à préparer un rustique repas sur un feu de camp pour une bande d'énergumènes autant rustres et taciturnes que braillards et rigolards, à écouter les cris de « voisins » bavards, bruyants, noctambules, qui n'ont cure de votre rythme de vie et adoptent le leur à une horloge qui n'est pas la nôtre, à compter les étoiles d'un ciel que nulle pollution lumineuse urbaine empêche de briller de tous ses feux !
 
Alors, certes, je n'ai pas aimé qu'il qualifie le loup de « vampire des forêts » mais le message est tellement éclatant, celui d'une terre dont nous ne pouvons pas être seulement des « vampires » nous-mêmes, des brutes sans foi ni loi seulement préoccupées par l’accumulation forcenée, au mépris de tout ce qui nous entoure, que je ne peux que vous enjoindre de vous lancer dans cette lecture qui ne manquera pas de vous ravir.
 
Sinon de vous convaincre que notre bonne vieille terre mérite mieux que l'empreinte que nous sommes en train de lui infliger.
 
 
Grey Owl, trad. anglais Simmone Ratel - Ambassadeur des bêtes – Editions Souffle – 9782876580855 – 22.30 €


Commentaires
Merci Mimiche pour cet article et votre point de vue. D'autant plus nécessaire que les assassins font la loi partout. Ici un chasseur tue la renarde et ses renardeaux, là un paysan fait croquer un ananas bourré d'explosifs à une éléphante enceinte qui en meurt, la mâchoire fracassée, incapable de plus rien manger. Ici on massacre la forêt et ses habitants, là on pollue des zones entières de vie avec nos saloperies de carburant. Chasseurs (ces jouisseurs de crime), braconniers et paysans insensibilisés par leur propre misère, ou profiteurs d'une économie meurtrière à échelle planétaire, tous se lâchent sur le monde vivant pour le détruire, en passant ou non par son exploitation. Ce carnage infini et qui semble irrémédiable engendre une tristesse dont la profondeur est devenue terriblement oppressante. Nous qui persistons à vouloir ou espérer partager quelque chose avec l'espèce humaine qui nous a vus naître, mais qui avons avant tout le sentiment insondable d'appartenir avec amour au MONDE VIVANT, nous nous suiciderons bientôt en masse tant il est devenu invivable pour la pensée d'appartenir à cette espèce indigne qui ose encore justifier tous ces crimes au nom d'intérêts minables, bientôt meurtriers de toute la communauté vivante de la Terre. C'est intenable. C'est un fardeau insupportable. C'est à hurler.
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Pour approfondir

Editeur : Souffles
Genre : littérature...
Total pages : 272
Traducteur :
ISBN : 9782876580855

Ambassadeur des bêtes

de Grey Owl

Ouvrage Dans ce dernier opus, Grey Owl poursuit sa mission de nous sensibiliser aux problèmes écologiques auxquels il assiste. Nous sommes en 1936, Grey Owl revient quelques années en arrière sur ses fonctions au service des parcs nationaux du Canada. De Beaver Logde - dans le Mont-Riding - au lac Ajawaan - parc national Prince Albert -, Grey Owl se concentre ici sur son rôle d'ambassadeur des bêtes. Un film se tourne sur les deux castors qui l'accompagnent à ce moment, il reçoit des visiteurs, les sensibilise à la préservation de la nature et des animaux...On sent poindre dans ces pages la nostalgie d'une vie passée, de trappes et de pistes, d'aventures en pirogues sur les rivières tumultueuses du Grand Nord.

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