La stagiaire, Serge Safran

Clément Solym - 21.10.2008

Livre - stagiaire - Serge - Safran


L'histoire pourrait être celle de n'importe quel homme, d'une soixantaine d'années, peu ou prou, et qui se laisserait charmer par une fraîcheur nouvelle, une présence inattendue dans son existence vers qui soudain toute l'attention serait focalisée. C'est l'histoire d'un homme à responsabilité, de ces hommes qui dirigent une société, et qui sont expulsés du sentier de leurs habitudes par une improbable rencontre. Ce pourrait être l'histoire d'un coup de foudre. Mais c'est bien plus que cela.

Narrateur anonyme, responsable d'une maison d'édition, un éditeur, dans ses locaux, côtoie au quotidien une stagiaire. Un directeur littéraire qui découvre sa stagiaire, objet soudain d'une attention tacite, qu'il voudrait discrète, mais qui, sans tourner à l'obsession, accapare son esprit. L'histoire d'une forme de dépendance qui se crée sans y prendre garde.

Et chaque jour apporte son lot de signes, de symboles. Cette présence permanente, qui éblouit le travail de chaque jour, dont il détaille les moindres faits, gestes, paroles. Charlotte, qui s'habille de vêtements colorés, quand les autres restent grises. Charlotte, « douce perversion ». Charlotte, qui fait fantasmer... Charlotte...

N'en rajoutons pas. De ce monologue intérieur, où Serge Safran nous plonge, on ne peut rien retenir de plus éloquent que la permanente délicatesse. Bien sûr, il est possible qu'il rêve « l'enculer sur le canapé du bureau », mais en somme, cela appartient également aux désirs suscités par la femme.

Car loin de la lourdeur d'un coup de foudre, pas toujours évident à rendre digeste pour le lecteur, est décliné ici tout un empire d'appétits, d'attirance, de convoitises ou de tentations. Toutes les pensées ne sont pas éthérées, et c'est heureux. Elles sont humaines, profondément, souvent tendres, rarement vulgaires, au sens trivial, et chacune nous plonge dans cet univers de fantasmes et d'envies si intime, et pourtant si largement partagé.

Il est probable que La stagiaire toucherait plus facilement un public partageant l'âge de ce narrateur, les plus jeunes ayant quelque réticence à devenir hommes mûrs pour comprendre le tiraillement entre la relation mentale tissée avec cette Charlotte, et l'épouse qui ignore tout de cette conscience qui se déploie. Et même, on encouragerait volontiers tout éditeur en particulier, mais tout homme en général à découvrir ce livre, le premier roman de Serge Safran.

Entre émoi amoureux et sentiments confus – confusion des sentiments ? – La stagiaire nous parle d'émotion, avec une voix s'adressant à tous. Une voix en écho du siècle, qui parle de désir, sans fausse pudeur ; une telle honnêteté est assez rare pour être savourée.


Retrouvez La stagiaire, sur Place des libraires



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