Des inédits de Jean Meckert

Les ensablés - 04.11.2012

Livre


Pour les familiers de ce blogue, Jean Meckert, alias Jean Amila n'est plus un inconnu. Plusieurs articles y ont été publiés, et je ne me lasse jamais de le lire. Je me rends compte d'ailleurs que je ne suis pas le seul à m'y intéresser. Récemment, le Figaro littéraire lui consacrait une page. Il y a deux semaines, à la Grande Librairie, un libraire vantait son premier roman "Les coups" publié chez Folio. Mieux encore, le romancier Daeninckx vient d'écrire "12, rue Meckert", un clin d’œil en hommage de cet auteur qu'il place très haut. Meckert serait-il enfin reconnu; le purgatoire que l'on dit inévitable enfin terminé? Difficile de répondre pour le moment. Il y a des modes pour les écrivains comme pour les vêtements. Attendons donc et poursuivons notre tâche. Les Éditions Joseph K publient coup sur coup deux ouvrages de Jean Meckert. Le premier est une espèce de roman, autofiction? autobiographie? intitulée: "Comme un écho errant" refusé à la fin des années 60 par Gallimard dont il était pourtant un auteur maison. Ce texte dont la nature est effectivement difficile à déterminer est écrit à la troisième personne. Le héros a subi une agression qui l'a laissé amnésique. L'écriture (comme il le dit, il n'a jamais su faire que cela) lui permet de reprendre pied. Peu à peu, mais jamais complètement, le passé ressurgit, grâce au travail incessant, à la dévotion de sa sœur, personnage haut en couleur, partisane de l'ordre, tout le contraire de son frère, anarchiste. On comprend très vite que le héros est Meckert lui-même qui fut également agressé, et ne s'en remit jamais tout à fait. Meckert était convaincu qu'il avait été attaqué en représailles à cause d'un de ses romans  qui condamnait le néo-colonialisme français et les essais nucléaires. Rien n'est jamais venu prouver cette thèse, mais nul doute qu'elle donna une raison de vivre à Meckert, réduit pendant longtemps à un état végétatif. On retrouve son style fleuri, parfois violent, qui fait songer irrésistiblement à Céline. A propos de sa mère (dont le mari a été fusillé en 17 par les Français): Et Maman, donc, qui avait dû subir les affronts, les glaviots des femmes d'anciens "combêlants" dans leur puissant besoin de trouver une responsable autrement proche que les hauts politiques qui se tiraient des pattes en disant: "Nous n'avons pas voulu ça!..." Pauvre mère salopée, traquée, conduite à se foutre en l'air, et qui avait réagi en oubliant tout, et trouvant bientôt une sécurité de dame de lavabos au Crédit Lyonnais du boulevard des Italiens. (page 88). Le héros (Meckert?) est révolté de nature: L'étonnant, à la réflexion, c'est qu'il avait peut-être perdu la mémoire d'une grande partie de sa vie, qu'il n'avait plus souvenance des lieux, des visages, des faits, et qu'il était dans l'obligation de réapprendre le sens des mots, mais qu'il se retrouvait toujours aussi réfractaire à cette Société telle que partout vécue, aussi vrai qu'il avait sa taille modeste, sa teinte d'iris verte, avec un fond de caractère qui ne devait rien à n'importe quel catéchisme (page 89). La révolte, mais aussi l'amour du mot permettent au héros de peu à peu reprendre pied dans la vie, mais avec détachement, distance. Il s'installe dans une vieille maison de la cambrousse où sa mère centenaire et sa sœur viennent de temps en temps. L'écriture, dans cette solitude, devient une fin en soi, un médicament, une source d'une joie jamais tarie. Lentement le passé remonte: le plus lointain, quand enfant il est en pension (ce qui lui donnera la haine de la religion) travaille en usine (qui le rendra anarchiste). Dure vie qui nous rappelle que celle des années 30, malgré la gaîté de l'accordéon (la Belle Équipe), les personnages truculents, était pour beaucoup un tourment. En 1986, date de la présentation de son livre à Gallimard, Meckert reste marqué par son enfance si dure, une certaine pensée propre au début du siècle. Il fait songer à Calet, autre anarchiste, dont le style, les thématiques ont des ressemblances troublantes avec les siens. J'ai toujours su qu'en écrivant on voulait régler son compte avec quelque chose, avec quelqu'un, avec son temps. Peu importe, mais il y a dans le désir d'écriture l'illusoire désir de porter un coup. Ceux qui aiment Meckert comme moi aimeront ce texte pour ce qu'il leur apprend de sa vie. Mais, est-ce le résultat de son agression?, on a souvent l'impression de lire plusieurs fois la même chose. Il n'y a pas de trame, d'intrigue, de mystère. Plutôt une suite d'idées qui reviennent, avec des passages forts, d'autres moins. Toute autre est l'impression donnée par la publication de trois contes inédits de Jean Meckert qu'on lit à la suite, sans pouvoir s'arrêter. Un voyage au bout de la nuit de Paris, et qui tient en 55 pages. Le premier, intitulé "Un meurtre" raconte comment un malheureux représentant de machines à écrire en vient à tuer, sans le vouloir, un autre aussi malheureux que lui. Le deuxième "Le bon samaritain", le plus étonnant à mon sens, raconte une nuit de garde au poste de police, pendant le service militaire. Étonnamment, Meckert épargne les gradés pour décrire l'impitoyable cruauté des pauvres pour les plus misérables qu'eux; ce qui fait songer à cette réplique de Gabin dans La traversée de Paris: "Salauds de pauvres!" Le troisième "Abîme" décrit la misère d'un vendeur de cravates conduit au suicide, mais qui, sauvé à l'ultime moment, donne ce conseil au lecteur: Sans charres, sans blagues,c'est le conseil que je vous donne mes copains. J'ai rien du type charitable, c'est pas mon rayon. Mais j'irais bien volontiers vous conduire en colonne par trois au pont du Carrousel. Croyez-moi, c'est la seule façon que vous ayez de pouvoir dire "Merde" à tout le monde. Si vous n'êtes pas de mon avis mes petits vieux, alors ce n'est pas pour vous ce que j'écris. (Page 54). Si vous voulez comprendre, alors n'hésitez pas. Lisez "Abîme".  


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