De l'Islande pour les vacances, en novembre, sous la pluie

Cécile Pellerin - 26.09.2012

Livre - Islande - femme - enfant


S'offrir des vacances et emprunter  la route circulaire de l'Islande, au mois de novembre, sous une pluie continue, un ciel bas et une quasi-absence de lumière, il est vrai, cela tente peu. Mais lorsque c'est Audur Ava Ólafsdόttir, l'auteur de Rosa Candida, qui sert de guide, soudain ce voyage prend une belle allure et retient sans effort le lecteur.

 

Il est  alors prêt à s'évader, à sentir les gouttes de pluie perler son visage, à supporter les chaussettes humides qui glissent dans ses chaussures froides et menacent de le faire chuter, à renifler plus de fois que le frêle mouchoir en papier ne peut supporter, à frissonner dans son manteau trop léger, inadapté au climat, car il est assuré, au final, de savourer un moment qui ressemble drôlement au bonheur, accommode plutôt bien sa vie. Comme une ivresse de joie, un doux instant. Aussi, n'hésitez plus, lisez pour être heureux !

 

Et pourtant, la narratrice de ce roman n'est pas forcément prédisposée au bonheur.  À 33 ans, elle vient d'apprendre que son mari la quitte pour sa maîtresse, prête à accoucher, et que son amant ne souhaite plus la revoir.  « Aujourd'hui deux hommes se sont séparés de moi en me signifiant leur congé. Je me sens comme un prisonnier qui aurait aidé ses codétenus à se faire la belle en leur prêtant son dos. » Malmenée par la vie, elle ne s'effondre pourtant pas (alors que même une oie se place en travers de sa route !) et semble vouloir glisser sur les événements : fluide et tranquille ! Un peu fantasque également.

 

« Au fond, je me considère comme une personne qui a plutôt bon cœur, j'essaie d'éviter les disputes, j'ai du mal à repousser les requêtes émanant d'une sensibilité masculine, j'achète tous les billets de tombola des bonnes œuvres qu'on met dans ma boîte aux lettres. » Aussi, quand sa meilleure amie, enceinte de jumelles et brusquement hospitalisée, lui demande de prendre soin de son jeune fils de 4 ans, sourd, plutôt étrange avec ses grosses lunettes, elle accepte sans se poser de questions. Comme un acte facile. Commence alors un périple en Islande, le long de la route qui fait le tour de l'île pour gagner un « chalet d'été » au sein duquel la narratrice a passé une partie de son enfance.

 

Audur Ava Ólafsdóttir 

 

 

Un parcours parsemé de rencontres attachantes (des chanteurs estoniens, un vétérinaire, un père Noël…), parfois rocambolesques, jamais tragiques, tendres et revigorantes. Où chacun se construit, se découvre, apprend à se connaître et à s'aimer sans heurts. Pourtant,  rappelons-le, le voyage se passe au mois de novembre sous une pluie incessante, un gris omniprésent qui pousserait davantage à la dépression plutôt qu'à une légèreté, une gaieté réellement bienfaisantes et tellement agréables à lire. 

 

Parcours initiatique à la fois pour le jeune garçon, Tumi, qui s'éveille et se révèle aux côtés de la narratrice, peut-être moins farfelue qu'elle ne le laissait supposer, émouvante notamment lorsqu'elle laisse échapper des bribes d'un passé douloureux, sans jamais s'épancher ni trop s'attarder. Toujours en douceur, sans effets de pathos, mais avec poésie et sensibilité, un zeste de mélancolie, une bonne dose d'humour et d'autodérision. Et lorsque, au terme du voyage, le soleil pointe, comme une embellie, le lecteur, décidément complice de ces deux personnages, se sent pleinement réchauffé, prêt à appréhender la vie d'une autre manière, plus simplement et mieux ; c'est certain. 

 

Une belle histoire au goût de liberté, positive,  pleine de tendresse, presque magique, lumineuse, émaillée de petits riens heureux (courir pieds nus sur la plage, se laver les dents dans la ravine ou se préparer un chocolat chaud au vrai chocolat, apprendre à tricoter…), de quelques invraisemblances aussi (l'enfant lit à 4 ans, la narratrice gagne deux fois de suite à la loterie…)  mais sans dommage pour la lecture, si délicieuse.

 

Comme un conte merveilleux ancré pourtant dans une réalité quotidienne parfois un peu rude, mais jamais triste. Un parti pris manifeste que l'on retrouve d'ailleurs dans Rosa Candida.

 

C'est un cadeau pour l'hiver. Ne vous en privez pas.




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