Chambres pour personnes seules, J.M. Servin

Clément Solym - 21.04.2009

Livre - chambres - personnes - seules


Personnellement, la violence exercée sur les animaux me débecte. Autant que me vont vomir tout ce qui peut être assimilé de près ou de loin (voire de très loin) à des combats organisés avec des créatures un tant soit peu douées d'intelligence. Entendez par là qu'assister à l'affrontement entre deux gastéropodes me laissera plutôt de marbre. Or, on en est loin dans Chambres pour personnes seules.
 

Notre anti-héros du jour se nomme Éden, mais clairement, son existence est bien indépendante de son nom, étant donné que l'on va passer le plus clair de notre temps dans sa tête. Spectacle aux premières loges, avec vue sur la vacuité d'une vie assez misérable. Bien menée, puisqu'accommodée de sa simplicité : une télévision, un carton de livres, un peu de liquide en poche et une chambre de bonne dans un immeuble, louée à une propriétaire acariâtre quoique lucide.

 

C'est en traînant ses guêtres du côté d'une salle de paris que l'homme va se retrouver à accepter un combat contre un chien et une grosse somme d'argent en cas de victoire. Un molosse, furieux, taillé pour combattre d'autres chiens, jusqu'au sang, ou l'abandon du maître. Lui a déjà participé et possédé un chien qu'il emmenait à des combats, avant. Mais cette nuit-là, il devient le chien et vêtu d'une cotte de mailles légère, se lance dans un affrontement sanglant. Qui s'achèvera par la défaite du chien, mais un vilain coup derrière la nuque. Adieu donc la prime promise par le maître qui avait lancé le défi.

 

Sa voisine et sa propriétaire le ramasseront inconscient, lui prodigueront quelques soins rudimentaires, de quoi le remettre sur pied. Mais à partir de cet instant, il n'aura de cesse que de chercher le propriétaire du chien et récupérer son dû. Entre deux cigarettes et quelques bières, il garde un oeil méfiant sur sa voisine et son fils demeuré, qui passe son temps à tomber par terre et pleurer. Il faut se méfier de tous et de tout. Mais plus encore d'un homme qui montre les crocs, avec la rage aux lèvres...

 

Attention : âmes sensibles, s'abstenir, et plutôt deux fois qu'une. Si le livre en lui-même n'est pas à classer dans la catégorie adulte, plusieurs scènes peuvent franchement choquer et pas besoin d'être un fervent défenseur des droits des animaux contre la bêtise humaine. Je dis bêtise parce que si on emploie le mot ''connerie'', le rédac-chef nous tombe sur le râble. Ah, tiens... non.

 

Mais en dehors de ces instants particulièrement éprouvant, ce roman se lit comme un charme : c'est la descente d'Orphée aux enfers, sans la lyre ni les dieux privés de tout ce qui donnerait une tonalité fallacieusement merveilleuse au livre. On colle au réel au plus près, jusqu'à y adhérer et faire corps : le monde se vide de tout sens autant qu'il est dépouillé de son vernis. Ici, tout est cru, immédiat, à vif. Et inutile de chercher calme, luxe ou volupté.

 

Le voyage se fait comme un parcours à travers un regard apathique et acéré, dans une tourmente simple. Une épopée sans but, une traversée sans rivages. Un chemin de croix déserté de Dieu. On en reviendra aux possessions les plus simple, à un dépouillement qui arbore le charme des plus beaux atours. Bienvenue dans la tête d'un homme qui n'a plus pour lui que quelques pesos et une rage sourde. Nous espérons que vous ferez bon voyage.

 
Et c'est assurément le cas.

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