Aristote ou le vampire du théâtre occidental , Florence Dupont

Clément Solym - 24.01.2008

Livre - Aristote - Vampire - theatre


Professeur de latin à l’université Paris 7, Florence Dupont s’est notamment fait connaître par la publication du Théâtre latin (Armand Colin, 1988, rééd. 1999) qui est devenu un classique lorsque l’on aborde des études de Lettres.

 

Un pamphlet contre Aristote et sa Poétique :

Son dernier opus, au titre volontiers provocateur, se donne pour objectif d’analyser avec minutie l’emprise de la Poétique d’Aristote sur des générations et des générations de dramaturges. Tout d’abord, elle se livre à une analyse poussée de l’œuvre d’Aristote. Après des siècles et des siècles d’exégèse, il est maintenant grand temps de s’entendre sur les termes de mimesis, catharsis et autres aristotélismes. Elle pose comme postulat que la « fable » (muthos), la suite logique des actions est ce qui prévaut chez Aristote au-delà des contingences inhérentes à la représentation. Le texte est roi, la représentation ayant le second rôle.

 

Les trois révolutions : comment est-on passé d’un théâtre des « bouffons » à un théâtre « élitiste » ?

À partir de cette lecture de la Poétique et d’une synthèse du type de pièces qu’Aristote promulguait à travers elle, c’est une remontée de l’histoire théâtrale. Quels sont les auteurs, les époques qui se sont les plus rapprochés des concepts établis par Aristote ? Là où Florence Dupont joue les provocatrices, c’est en taxant d’aristotéliciens ceux mêmes qui revendiquaient le plus leur éloignement de la Poétique. Selon l’auteur, trois révolutions auraient amené à l’état actuel du théâtre : 1. Émancipation du comédien et sa soumission à l’auteur, 2. L’invention du metteur en scène et le spectacle comme texte, 3. La dictature de la « fable ». Elle finit par en arriver au théâtre moderne, qui, par jeu d’abstractions, s’est rendu bien trop élitiste…et qui finit par être ennuyeux. On ne serait plus dans le spectaculaire, simplement dans la narration, l’introspection, la lecture.

 

Un retour au théâtre-spectacle :

A contrario, elle fait ensuite une étude de ceux qui ont toujours été les plus éloignés de ce théâtre ancré dans l’écrit. Et, contre toute attente, elle commence par tous ces dramaturges de l’Antiquité qui n’ont jamais été influencés par les préceptes d’Aristote. Du temps même de cet auteur, on était bien loin d’un théâtre aristotélicien. C’est ainsi que le titre choisi par Florence Dupont prend tout son poids. Les grands dramaturges comme les critiques se mettaient sous le patronage d’Aristote pour mieux ancrer leur théâtre aux origines mêmes du genre alors qu’à cette lointaine époque, les écrits d’Aristote paraissaient bien conceptuels en regard des pièces montées sur scène.

 

Des richesses à exploiter :

Florence Dupont parle alors avec bonheur de cette comédie romaine non dramatique, du Molière des comédies-ballets que l’on oublie trop souvent. Vient ensuite une réflexion sur la possibilité de monter encore aujourd’hui les tragédies grecques de façon à retrouver la saveur que ces pièces devaient avoir à l’origine. C’est le rappel qu’une pièce ne peut se résumer à un texte. Le théâtre est scène, spectacle, musique. Ce n’est pas simplement un regard de lecteur que l’on doit projeter sur scène, c’est aussi celui de l’enfant amusé devant Guignol.


Comme à son habitude, Florence Dupont apporte un regard riche et neuf sur des siècles d’histoire théâtrale. Ne se limitant plus à sa spécialisation, elle se tourne, accompagnée de toute son érudition, jusqu’à l’histoire moderne du théâtre.

 

Une vision bien sévère d’Aristote, des lectures rapides de pans entiers de l’histoire du théâtre…mais un regard décapant qui fait du bien.

Que l’on se laisse ou non persuader par sa démonstration, Florence Dupont, une fois encore, vient démontrer toute l’importance historique d’une antiquité toujours présente. Vampire certes sous certains regards, c’est aussi, le puits sans fond de notre culture littéraire occidentale. La preuve en est qu’on peut encore écrire un pamphlet autour d’Aristote et de sa vision du théâtre.




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