American Visa, Juan De Recacoechea

Clément Solym - 25.12.2008

Livre - American - Visa - Juan


Originaire d’Uyuni et ayant vécu à Oruro, au sud de La Paz (Bolivie), Mario Alvarez vient d’arriver dans la capitale. Alerté par la perspective d’être bloqué par une manifestation, le taxi, avec lequel il cherche vainement une chambre dans des hôtels tous complets, le jette au hasard d’une rue avec comme seule perspective de continuer ses recherches à pied.

C’est un jeune garçon d’origine indienne qui, pour deux pésos, le conduira jusqu’à l’hôtel California, une pension bon marché où il peut enfin louer pour une semaine une chambre triste, froide et, comme il le découvrira dès le lendemain matin, donnant directement sur le clocher de l’église voisine qui appelle ses fidèles à l’office…

Disposant de tous les papiers nécessaires, Mario entend aller au consulat des États-Unis en vue d’y obtenir un visa touristique lui permettant d’aller rejoindre son fils en Floride. Et de commencer une nouvelle vie grâce au petit boulot que ce dernier lui a déniché dans un restaurant. En espérant que les services du consulat ne seront pas trop regardants sur les différentes attestations garantissant l’autonomie financière qui devraient permettre l’obtention du fameux visa !…

À partir de cet hôtel miteux de La Paz, Juan de RACACOECHEA nous emmène des tréfonds populeux et pauvres de Bolivie jusqu’aux cercles les plus proches du pourvoir et de l’argent.

C’est un défilé de figures étonnantes et typiques dans un pays où se mêlent toutes les origines depuis les descendants des Indiens des Andes, jusqu’aux migrants européens de l’après-guerre, en passant par les descendants des Espagnols de la conquête de l’Amérique du Sud. Juan de RECACOECHEA, profitant de ce roman un peu noir qui plonge ses racines dans toutes les strates de la société bolivienne, se délecte à nous décrire cette société et tous ses extrêmes.

Rien n’y manque ! Du politique véreux, ancien fervent supporteur des épisodes dictatoriaux du pays, aux trafiquants de drogue ou d’or. Des arnaqueurs jouant de l’attrait irrésistible des États-Unis pour tous ces pauvres hères qui imaginent quitter la misère en quittant leur pays, aux bandes violentes qui finissent de tondre, voire qui tuent, ces candidats au départ qui n’avaient pu qu’économiser un peu pour acheter leur rêve. Des prostituées blanches qui n’hésitent plus à vendre leur corps aux paysans indiens, à une poétesse nationale qui pleure la perte de l’accès de la Bolivie à l’Océan Pacifique. Des anciens mineurs qui manifestent en s’enchaînant aux grilles des jardins de l’Université pour protester contre leur licenciement, aux travestis qui achètent la cécité de la police et ainsi leur tranquillité.

La plus grande richesse côtoie la plus profonde pauvreté et je serai bien curieux de savoir si ce contact fugitif que l’auteur a fait naître, dans son roman, entre ces deux extrêmes a quelque réelle chance d’exister !? Le rêve américain reste un mirage pour lequel tout devient possible, car nécessaire (nécessaire, car possible ?) : rien ne doit être épargné pour pouvoir enfin goûter le bonheur de cet accomplissement !

Seule Blanca, la tendre pute un peu amoureuse de Mario, ne se berce pas de cet espoir et, au contraire, rêve sa vie dans son pays. Un petit rêve de petites gens raisonnable qui veut petitement trouver son bonheur à ses pieds. Le tableau et les rues de La Paz sont sombres. Les personnages sont taillés à la serpe. Mais, au milieu de toute cette agitation extrême résistent encore quelques espaces de quiétude : le rêve peut-il (doit-il ?) rester encore longtemps d’actualité ?

Quel plaisir à tourner les pages de ce texte qui hésite entre polar et témoignage sociétal. Sans jamais se prendre vraiment au sérieux pourtant, Juan de RECACOECHEA dresse une fresque hyper réaliste de son pays dont on est en droit d’imaginer qu’elle doit pouvoir être copiée un peu partout en Amérique Latine.


Retrouvez American Visa, sur Place des libraires



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