Impulsé en 2011, le programme Audiobook Creation Exchange d’Audible, se fait dézinguer à boulets rouges. Dans les faits, cette solution permet à un client d’échanger un audiobook, même après écoute, en toute liberté. Et parfois, jusqu’à un an après l’achat. Mais depuis un gros mois, les tirs de mortier s’intensifient, et Amazon vient de plier. Façon bambou…


 

Tout a débuté voilà quelques semaines, quand les auteurs ont pleinement pris conscience de la supercherie. Tant que le format audio ne représentait pas une manne économique sur le marché américain, il semble que ce système de retour n’ait pas suscité de polémique. Mais maintenant qu’Audible, filiale livre audio d’Amazon, en fait une promotion active, la grogne monte.
 

Mea culpaudio


Concrètement, le programme fait peur, offrant « d’échanger les titres si vous ne les aimez pas ». Et pour les auteurs, autant que les comédiens qui lisent les œuvres, la perte économique devient significative. Évidemment, le consommateur est le grand vainqueur, comme souvent chez Amazon : pour lui, le confort est total. D’un côté, acheter, écouter et renvoyer, pour obtenir un nouvel audiolivre, sans débourser un cent de plus.

L’Authors Guild, société représentant les auteurs américains, s’est fendue d’un courrier en début de semaine, laissant à l’entreprise 48 heures pour réagir. « Ce n’est pas une politique d’échange, mais un accord de location d’ouvrages audio non autorisé, et financé par les redevances non perçues par les auteurs : cela doit cesser », alerte-t-elle. 

Et il faut croire que l’on a ôté son casque et mis les audiobooks en pause chez Audible, parce qu’une réponse circonstanciée assure que cette politique de retour sera prochainement modifiée. Désormais, le client disposera de 7 jours pour modifier son achat, plutôt que 365. Un modèle qui se rapproche de celui en vigueur pour les livres numériques.

« Le but de ce programme », indique Amazon, « est de permettre aux audiolecteurs de découvrir des voix, des auteurs et leurs histoires favorites en audio ». Et de promettre qu’en cas de comportement suspect, il est possible de limiter les demandes d’échange et de remboursements, mais « les activités suspectes sont extrêmement rares ». 
 

On en reparle l'an prochain...


Les nouvelles conditions d’utilisation entreront en vigueur le 1er janvier 2021 et Audible s’engage à payer les droits pour tout livre retourné plus de 7 jours après l’achat. Ce qui ne dit pour autant pas si le client sera débité de la somme versée pour son achat, ou si la firme prendra sur elle de s’acquitter des montants dus à l’éditeur et à l’auteur… Subtil, mais significatif.

D’ailleurs, auprès du Guardian, les auteurs déplorent que les mesures prises s’arrêtent au milieu du gué. Susan May, qui fut parmi les premières à déclencher le #AudibleGate, explique : « Nous estimons que ce changement de politique d’Audible est une réponse mal réfléchie aux graves préoccupations des ayants droit qui, collectivement, ont perdu et continuent de perdre, peut-être des millions chaque mois du fait d’un programme qui ne profite qu’à Audible. »

Et en effet, sept jours sont plus que suffisants pour écouter la totalité d’un audiolivre — de même que pour lire l’intégralité d’un livre numérique, la problématique a déjà été amplement discutée. Et l’Authors Guild réclame un raccourcissement à 48 heures, avec l’assurance que le client est débité. 

D’autant, ajoutera-t-on, que la transparence n’est toujours pas de mise avec le service d’Audible.

Le principe du satisfait ou remboursé tourne en effet à plein régime, avec quelques limitations néanmois, et permet, en l’espace de 7 jours, de rendre son ebook. Donc de récupérer son argent, détaillait le romancier Thierry Crouzet en novembre 2014 : « Il est clair que notre droit de ne pas être satisfait implique une possibilité légale de tout pirater.»

« Cet ajustement [pour le livre audio, NDLR] n’a pas d’incidence sur les avantages actuels lors de l’adhésion de nos clients, et nous sommes impatients d’accueillir de nouveau des millions d’audiolecteurs, tout en permettant à nos membres de découvrir de nouvelles œuvres qu’ils apprécient et d’accroître l’audience de nos précieux partenaires créatifs », conclut Audible.

La messe est dite, à réécouter en audiolivre et en latin, bien entendu.


crédit photo : Efraimstochter CC 0


Commentaires
Votre article m'a épuisée ! L'argent, toujours l'argent... Rappelons qu'à l'origine les livres audios étaient dédiés aux personnes malvoyantes qui n'avaient pas accès à la littérature. Un livre audio est en effet une pièce de théâtre et c'est magique. Mais arrêtons de bloquer l'accès à la culture pour de vulgaires histoires d' argent.
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