Livres audio gratuits chez Amazon, au détriment des auteurs

Clément Solym - 24.11.2020

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Toujours dans sa perspective d’appâter le chaland, Amazon avait encore sévi : début novembre, sa filiale de livres audio était pointée du doigt pour une politique de retour de produits bien gonflée. Il aura fallu quelques semaines pour que l’Authors Guild ne réagisse, mais leur courrier ne souffre aucune interprétation.


 

L’idée d’Audible paraissait frappée du bon sens : les livres audio que l’on n’a pas aimés, il devenait possible de les rendre pour un échange. Et ce, même si l’ouvrage avait été écouté dans son intégralité. Le message qui accompagne ces conditions de vente lui-même restait sans ambiguïté : il offrait « d’échanger les titres si vous ne les aimez pas ».

Un mouvement de protestation émanant des auteurs indépendants avait fusé sur les réseaux, avec le hashtag #AudibleGate. « La politique de retour d’Amazon est très généreuse », notait l’activiste et auteur Cory Doctorow. « Lorsque vous avez terminé le livre, l’application Audible vous indique même un bouton, Retourner le livre. Appuyez dessus et vous obtenez un remboursement. » 
 

STOP. DE SUITE !


Mais un certain silence s’était depuis abattu. Jusqu’à ce courrier que signe Mary Rasenberg, directrice générale de l’Authors Guild. Adressé directement au CEO d’Audible, Bob Carignan, ainsi qu’à l’avocat de la firme, Stas Zakharenka, il dénonce des méthodes douteuses. Et intime à Audible de cesser « immédiatement de détruire les droits d’auteurs et de narrateurs ».

Selon les premiers calculs de l’AG, les auteurs et narrateurs ont perdu entre 15 et 50 % de leurs revenus du fait de ce nouveau système d’échange. « Audible promeut cette politique d’échange simplifié, présenté comme un avantage auprès de sa base de clients », insiste l’organisation américaine de défense des auteurs. Par ce système, il devient enfantin d’écouter des audiolivres entièrement, et de les renvoyer, sans que ni les éditeurs, ni les auteurs, ni les acteurs ne perçoivent le moindre cent.

« Ce n’est pas une politique d’échange, mais un accord de location d’ouvrages audio non autorisé, et financé par les redevances non perçues par les auteurs : cela doit cesser », alerte l’AG. 
 

Sans foi ni loi


Le courrier, que l’on consultera à cette adresse s’accompagne par ailleurs d’autres revendications : d’abord, que soit dévoilé le nombre d’ouvrages qui ont été traités dans le cadre de cette politique. Ensuite, qu’une comptabilisation claire soit présentée des ventes perdues et des sommes représentées.

« La difficulté à déterminer les pertes exactes pour les auteurs et les narrateurs, liées à cette méthode, est aggravée par le manque de transparence des rapports », insiste l’AG. Or, chaque jour, de nouveaux auteurs constatent une diminution de leurs ressources : les conséquences funestes s’amplifient à mesure qu’Amazon et Audible communiquent sur cette option de retour sans frais. 

La firme de Jeff Bezos a bien tenté de se défendre, en arguant qu’elle se réservait « le droit, à sa seule discrétion, de limiter le nombre d’échanges et de remboursements autorisés ». Et ce, dans l’hypothèse où elle constaterait que les clients abusent de ce principe. Mais pour l’AG, aucun critière objectif n’a été communiqué, d’autant que les premières preuves de ce détournement remonteraient à 2019. 
 

Au bonheur des clients


Comme les clients en semblent pleinement satisfaits, ils n’hésitent enfin pas à valoriser cette solution, sur les blogs, réseaux sociaux ou forums, tous affirmant qu’ils tirent pleinement profit de cet avantage. 

« Certains racontent comment ils ont utilisé un crédit pour écouter une série entière de livres d’un auteur et qu’ils retournent chaque livre audio qu’ils ne souhaitent pas écouter une seconde fois à l’avenir — comme si un livre n’avait plus de valeur qu’à condition d’être relu », déplore l’AG. 
 
Enfin, l’offre permet d’échanger jusqu’à 365 jours après l’achat du livre. Clairement, pour l’association, il s’agit là d’une méthode de prêt ou d’abonnement déguisé, loin de tous les contrats de distributions signés avec l’entreprise. « En violation de son propre accord non négociable, sans demander ni avertir les auteurs, Audible a inscrit ces livres dans un programme d’abonnement de facto, qui ne génère aucun droit et prive ainsi les auteurs des revenus dus au titre dudit contrat. »

Or, cerise sur le gâteau, cette décision d’Audible outrepasse les conditions pratiquées par Amazon, qui n’autorise qu’une période de 48 h pour les achats accidentels. Et encore, à condition que le client n’ait pas commencé à profiter du contenu — et 7 jours pour les retours de livres numériques achetés par erreur.

L’Authors Guild laisse 48 heures à Amazon pour réagir. 

Pour le moment, la firme n’a pas entendu l'appel, certainement absorbée dans son écoute des livres audio gratuitement…


Commentaires
Ça me choque, comme les exemplaires gratuits envoyés par l'éditeur (mais là, ça compte pas trop... faut quand même pas dénoncer les méthodes des éditeurs, juste ceux d'Amazon).
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