Interview : Emile Bravo

Fred Ricou - 23.05.2008

Interview - Emile Bravo - album - Spirou


Bonjour Emile. Même si cet album ne s'adresse pas directement à la jeunesse, le personnage de Spirou a passionné depuis 70 ans des milliers d'adolescents. Tu en faisais partie ?

Oui, bien sûr. Sinon je ne l'aurais pas fait. Il fallait que je connaisse l'univers du personnage que j'allais développer. Mais je me suis arrêté aux « Franquin ». À partir de Fournier, ce n'était plus la même sensibilité, ce n'était plus la même chose…

Depuis début 2006, cette collection « Une aventure de Spirou et Fantasio… » permet aux auteurs et dessinateurs de s'insérer dans l'univers de Spirou et d'y apposer leur patte… Comment cela se passe-t-il ?
C'est simple. L'éditeur vient, il cherche un auteur et il veut que celui-ci développe son Spirou. Il donne carte blanche…

Il existe une sorte de cahier des charges, une « bible » ?
Non, rien. On fait vraiment ce que l'on veut et c'est pour ça que j'ai accepté. J'ai dit aux éditions Dupuis que je ne voulais pas faire du « sous Franquin ». Franquin avait déjà tout fait avec ce personnage, il l'a étoffé, il a fait vraiment quelque chose de fort. Il me paraissait intéressant de développer l'avant Franquin. C'était vraiment pour répondre aux questions que je me posais enfant. Je ne connaissais pas Rob-Vel (ndlr : Rob-Vel est le créateur du personnage de Spirou en 1938) et l'on voyait ce personnage habillé en groom qui, dans les albums de Franquin, ne travaillait jamais dans les hôtels et l'on se demandait comment un groom avait pu devenir aventurier… C'est à partir de là que je me suis dit qu'il avait dû se passer quelque chose dans sa vie.

C'était important pour toi de répondre aux questions sur Spirou que beaucoup de lecteurs pouvaient se poser ?
Je suis très cartésien. Je me posais plein de questions quand j'étais enfant et aujourd'hui je continue à m'en poser. Si l'adulte que je suis peut répondre aux questions que je me posais, allons-y ! Ça me paraissait curieux de voir ce jeune gars habillé de cette façon… Je ne me suis jamais identifié aux héros américains, je trouvais qu'ils étaient habillés d'une façon ridicule en plus d'avoir de super pouvoirs que je n'avais pas. Et avec Spirou, j'avais un héros qui était très humain et qui pouvait ressembler à n'importe qui, mais qui, lui aussi, avait un costume ridicule. Je me suis dit que j'allais au moins expliquer ça…

Est-ce que pour ne pas faire « répétition » des albums déjà écrit, tu t'es replongé dans les anciens…
Non. Je connaissais bien l'esprit de Spirou. Je voyais bien quelle sorte de petit gars c'était…

Comment, justement, tu as abordé le personnage par rapport aux précédentes éditions ?
Je me suis mis à sa place et puis voilà ! Je me suis imaginé adolescent, orphelin en train de travailler dans un hôtel et de me dire que je ne connaissais absolument rien à la vie. Je me suis transposé dans ces années-là en me disant que je ne connaissais rien à rien…

Comment as-tu travaillé sur l'ambiance de la fin des années 30 ?
C'est une période que je connais bien, je m'y intéresse depuis ma plus tendre enfance… J'ai eu des parents âgés qui ont grandit à cette époque-là, qui étaient déjà adultes et qui m'en ont toujours parlé. C'est vraiment un univers qui m'est familier, je n'ai pas eu besoin de me documenter, je connais bien ça donc je peux en parler.

L'album est sorti le 23 avril, il a reçu le prix des libraires le 27 mai. Tu as été surpris ?
Je dois avouer que les prix, je m'en fiche un peu… Je suis ravi, mais je ne fais pas des albums pour avoir des prix. Je le fais pour raconter des histoires et pour amuser les petits et les grands. Je m'y attendais juste un petit peu à ce prix. Je voyais la réaction de mon éditeur quand il a lu au fur et à mesure l'histoire. Je sentais qu'il y avait quelque chose qui se passait, je l'ai fait lire autour de moi et j'avais toujours des réactions très enthousiastes. Certains libraires et journalistes avaient reçu le début de l'album en décembre , l'histoire était déjà en partie lisible et j'ai tout de suite eu un écho favorable…

Si les éditions Dupuis te demandent de refaire une aventure de Spirou, tu es partant ?
Ils m'ont déjà demandé (sourire). Oui, vu l'engouement, je ferai certainement une suite. Surtout que mon album s'arrête au début de la guerre et que l'Occupation est une période qui m'intéresse beaucoup. J'en ferai sans doute un, mais pas tout de suite. Je vais attendre que déjà tout ça retombe un peu. Il faut avoir la tête froide. Et puis j'ai d'autres projets, j'ai ma série « Les épatantes aventures de Jules », ça fait deux ans que je n'en ai pas sorti et là j'ai une idée en plus ! Et comme nous sommes sur un site littérature et BD jeunesse, j'ai aussi mes « ours nains »…

Ah oui, c'est très drôle ! Est-ce que pour toi, c'est une phase de détente ces petits ours entre deux albums ?
J'y travaille aussi sérieusement, mais c'est vrai que c'est moins long. Un album c'est 63 pages, là c'est 23… C'est beaucoup plus aéré, plus basique, on s'adresse avant tout aux enfants. Mais il y a aussi différents degrés de lecture, je n'arrive pas à faire quelque chose qui ne me fasse pas rire aussi. J'essaie de faire de la BD intergénérationnelle…




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