L’enfant, la taupe, le renard et le cheval : Charlie Mackesy, l'enchanteur

Nicolas Gary - 27.11.2020

Edition - Charlie Mackesy album - enfant taupe cheval renard - album fable moderne


Certains n’hésitent pas à parler d’un Petit Prince venu du Royaume-Uni — une manière de mesurer l’engouement que suscite l’ouvrage. L’enfant, la taupe, le renard et le cheval de Charlie Mackesy mêle de splendides aquarelles à des textes délicieux. L’histoire d’un enfant, qui rencontre une taupe. Un récit qui fait écho à notre époque de pandémie, du mieux qui soit. 


 

« L’édition relève parfois du conte de fées. Deux jeunes éditrices des Arènes (dans l’édition on est encore jeune à 30 ans...), Flore Gurrey et Sophie Moreau-Langlais ont pris l’habitude de passer une journée par mois à Londres pour rencontrer des agents littéraires ou des éditeurs indépendants », raconte Laurent Beccaria, fondateur des Arènes. 

L’idée était de dénicher une œuvre passée sous les radars des autres maisons. « Quand on n’appartient pas à un groupe, les enchères autour des best-sellers nous sont inaccessibles, il faut regarder ailleurs, être curieux et travailler autrement », indique l’éditeur. Et les têtes chercheuses de revenir de Londres, un beau matin – quoi qu’un peu frais – avec les maquettes d’un livre, d’un jeune auteur de… cinquante ans. 
 

“Un raz-de-marée merveilleux”


Encre de Chine, quatre personnages improbables, dont les conversations se résumaient à quelques paroles. Et des aquarelles splendides. Difficile d’estimer la capacité d’un tel livre, mais la maison s’accroche, fort d’autant plus du succès rencontré outre-Atlantique et outre-Manche : un million d’exemplaires écoulés au Royaume-Uni, plus de deux millions aux Etats-Unis, depuis l’automne 2019. Prometteur. Surtout avec une traduction en 24 langues.

« Le livre est toujours en tête des ventes et sert de cadeau d’amour, d’amitié, de consolation. C’est un raz-de-marée merveilleux, une vague d’émotion que seuls quelques rares livres universels sont arrivés à déclencher. C’est un joli parcours pour un livre dont je ne voyais pas comment il allait pouvoir se vendre », concluait alors Laurent Beccaria. L’éditrice de l’ouvrage pour Les Arènes, Seymourina Cruse souligne : « À réception des premiers dessins le coup de cœur était partagé, mais le projet n’existait pas encore et nous ne pouvions pas nous appuyer sur le palmarès des ventes qu’on connaît aujourd’hui, c’était aussi notre chance, car cela nous a permis d’acheter l’ouvrage ou “projet d’ouvrage” à son éditeur anglo-saxon (Penguin UK) pour un prix très raisonnable, nous n’aurions peut-être pas pu enchérir si d’autres éditeurs s’étaient mis sur les rangs. »

Seymourina Cruse, se souvient d’ailleurs que ses premiers contacts avec le livre passèrent par « une série de dessins qu’un certain Charlie Mackesy (illustrateur britannique super doué, mais que personne ne connaissait à l’époque) avait compilé au compte-goutte, sans penser à une narration, mais poussé par la demande d’un public immédiatement conquis ».

Mackesy avait en effet monté un compte sur Instagram, où le succès s’avère fulgurant. Sans idée de la forme que prendrait le livre, c’est une confiance qui la pousse. « Lisez ce livre ! vous ne l’oublierez jamais… L’auteur dit lui-même qu’il s’adresse à tous, quel que soit l’âge. C’est assez rare le nombre de livres dont on peut véritablement dire ça », glisse-t-elle à ActuaLitté.
 

Quatre personnages en quête d'eux-mêmes


L’histoire, revenons-y : l’enfant, plutôt curieux, rencontre une taupe, assez sociable. Depuis ses galeries, elle sort son nez parce que, gourmande, elle s’avère friande de gâteaux. Tous deux feront route ensemble, et à cette troupe s’adjoint un renard : silencieux, un peu méfiant et très élégant. Enfin vient le cheval, splendide et imposant – qui assure d’ailleurs savoir voler, mais comme tous les chevaux, secrètement.

Leur périple sans destination traverse bois, prairies, rivières. Des phrases brèves, échangées, et qui tiennent plus de l’aphorisme sage. « Qu’est-ce que tu veux être, toi, quand tu seras grand », demande la taupe ? « Gentil, dit l’enfant. »  Des saynètes magnifiques, portées par ces propos déposés avec prudence au fil des pages, et un travail de couleur incroyablement délicat… Et les lecteurs français ne s’y sont pas trompés : quelque 10.000 exemplaires vendus, d’un livre d’artiste, véritablement. 

Qu’il ait séduit autant le monde anglo-saxon étonne peu : dans l’esprit, il tient bien du Petit prince : une histoire d’amitié(s), revendique Mackesy dans sa postface. Et plus encore, un récit multiple, où chaque personnage reflète un volet de la personnalité, chacun n’étant pas toujours en accord avec les trois autres. Mais tous sont réunis pour un voyage incroyable : celui de l’existence. 

Et, si au détour d’une ou l’autre page, on entend Saint-Exupéry sourire, c’est que l’écriture poétique associée à la simple beauté des aquarelles produit un effet semblable à celui que procure Le Petit prince. 

« La plupart des vieilles taupes que je connais regrettent d’avoir écouté davantage leurs peurs que leurs rêves », glisse le mammifère à l’enfant. Et soudainement tout est dit. 


Charlie Mackesy, trad. Les Arènes – L’enfant, la taupe, le renard et le cheval – Les Arènes – 9791037501271 – 18 €


Commentaires
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