Le jeu de la dame : un sans échec pour Netflix

Clément Solym - 24.11.2020

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - jeu dame échecs - Netflix série échecs - succès série Netflix


Vraiment pas de chance… Sauf probablement pour l’éditeur Weidenfeld qui est parvenu à rééditer le roman de Walter Tevis avec pour couverture l’affiche de la série. L’actrice Anya Taylor-Joy, toute en mystère et en provocation, attend mains croisées le coup de son adversaire. Un échiquier, et quelques pièces qui le disputent à des bouteilles d’alcool. Un symbole de cette série, devenue un véritable succès.



Les éditions Gallmeister auront eu le flair d’un véritable Poulidor : en sortant le livre pour mars 2021, difficile de prédire quelles retombées la série de Netflix aura encore. D’autant que l’on assistera certainement au troisième confinement, ou aux prémices de la quatrième vague pré-vaccin… Bref, le jeu médiatique sera fichu.

Une version numérique aurait permis de surfer, un tant soit peu, sur la tendance, mais l’éditeur, qui a fini par malgré tout franchir le cap, comptait encore parmi les farouches opposants à ce format voilà quelques années. « Moi je vends du désir. Quand le lecteur sort de librairie avec mon livre, il ne sait rien, il n’y a qu’à peine goûté. [..] Le livre numérique, c’est de la pornographie. » Si, si, tout de même...
 

Ouverture magistrale


En revanche, pour Netflix, c’est carton plein : la série signée Scott Frank et Allan Scott vient de pulvériser quelques records. Elle est entrée dans le top 10 pour 92 pays et se place en n° 1 pour 63 d’entre eux. Le roman dont elle s'inspire atterrit dans la liste des meilleures ventes du New York Times… 37 ans après sa sortie. Et comble du comble : les recherches sur Google pour « Comment jouer aux échecs » ont atteint un pic inédit depuis neuf ans.

Autrement dit l’histoire de cette orpheline — Beth Harmon — devenue championne et prodige des échecs, fait un carton planétaire. Pour un peu, on en oublierait la Covid. Et Netflix ne boude pas son plaisir : The Queen’s Gambit a été regardé par 62 millions de foyers au cours des 28 premiers jours. « Ce qui en fait la plus importante mini-série de Netflix à ce jour. »
 


Le roman fut publié en 1983, et se plaçait sous les auspices de William Butler Yeats, le poète, en reprenant pour épigraphe : « The Long-Legged Fly ». Un texte qui parle justement du fonctionnement propre du génie chez une femme. Et Beth Harmon, perdue entre tranquillisants et alcool, autour des 64 cases d’un échiquier, devient un personnage fantastique.



 
D’ailleurs, on avait salué à l’époque de sa parution la qualité des descriptions et reconstitutions de parties d’échecs — tout en soulignant combien la dimension obsessionnelle des joueurs, et de Beth tout particulièrement, était bien rendue. On critique plus volontiers dans l'adaptation cette sorte de constante dans la progression — ce serait oublier les défaites qu’elle essuie, et qui participent de ce qui est, véritablement, un roman de formation. 

Sauf que cette formation n’est pas sentimentale — encore que… – mais bien mentale, et tournée vers des rois, des reines, des fous, des tours, des fous… et des pions. N’oubliez jamais les pions ! Le tout reste porté par une actrice d’un talent rare, exprimant la folie autant que le désespoir avec brio. Bref, une vraie réussite.
 


Autre élément, qui démontrerait a posteriori que tout vient à point a qui sait attendre (et rassurera peut-être l’éditeur français de ne pas avoir avancé la date de sortie…) : en 1992, le scénariste écossais Allan Scott avait acquis les droits pour une adaptation. Parmi les réalisateurs pressentis, on retrouvait Michael Apted et Bernardo Bertolucci. Mais aucun des deux n’aura finalement pris le projet à bras le corps.

Allan Scott, en revanche, l’aura soutenu, en 2007 et 2008 : il travailla avec Heath Ledger sur ce qui aurait été le premier film du scénariste avec l'acteur campant à merveille le Joker dans The Dark Knight. Il devait alors jouer aux côtés d’Ellen Page… mais le décès de Ledger en janvier 2008 mit un terme à ce projet.

Il aura fallu attendre mars 2019 et la commande par Netflix de sept épisodes pour que le miracle s’accomplisse. Ajoutez une pandémie et des confinements : voilà qui ressemblait fort à la fourchette du cavalier…


Commentaires
"Les éditions Gallmeister auront eu le flair d’un véritable Poulidor" : l'inverse des éditions Albin Michel, quoi, qui ont sorti quant à elle une traduction de ce bouquin en 1990...

(Le bonjour à toute l'équipe, mais surtout à M. Gary.)
Bonjour M. Magnus

En effet, Albin avait eu du flair, mais l'éditeur a dû oublier de pérenniser les droits sur la traduction (ou sur le titre), puisque le livre est aujourd'hui indisponible à la vente (pas trouvé sur des sites d'occasion d'ailleurs).

Et puis, avoir raison trop tôt, c'est avoir tort, n'est-ce pas ?

Amitiés

Nicolas
En quoi la version numérique aurait pu permettre de « surfer sur la tendance » si le numérique paraît en même temps que le format physique en France ? ou alors vous parlez d’autre chose ?
Pour ma part je me suis régalé en regardant cette série magnifique, je la recommande vivement. 👍
J ai l'édition des années 80,en assez bon état ( lu et relu car c'est un excellent roman ). Je me demande si je devrais essayer de la vendre aux enchères ?? grin
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.